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ATELIER D'ÉCRITURE AUTOBIOGRAPHIQUE

 

FLORILÈGES TEXTES

(2016-2017)

 

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RÉCITS : ET MOI ?

(2009-2010)

 

RÉCITS : THÈME DE L'ÉVASION (2009-2010)

 

RÉCITS : FÊTE ET AMITIÉ (2009-2010)

 

 

 

 

 

 

F L O R I L È G E : TEXTES 2016-2017


ENTRE LES MOTS


Académie de Sombreffe

 

Avec le soutien de Jonathan Burtaux,
Échevin de la Culture de Sombreffe
En partenariat avec Martine Eleonor

 

“Commencez par le commencement,
dit le roi d’un ton grave,
et continuez jusqu’à la fin;
alors arrêtez-vous.”

Alice au pays des merveilles
Lewis Carroll

 

 

GORAN  PEINT  -  Chiara Alba

 

J’aime me faufiler dans l’atelier de Goran, mon père. Je m’allonge sur la chaise du Corbusier en peau de vache blanche tachée de noir. Je fais semblant de lire, éblouie.


Quand mon père crée, quel que soit le temps, la lumière jaillit dans son atelier. Les deux baies vitrées nous offrent une vue sur la cime des peupliers qui montent la garde le long de notre propriété. Le bras de Goran est tendu devant lui, un pinceau à la main. Il s’élance, les traits sont précis, jetés sur une toile plus grande que son mètre quatre-vingt-cinq. Moment de grâce.
Quand mon père crée, c’est l’univers entier qui se met en branle, les astres modifient leur position, respiration suspendue, pour le voir à l’œuvre. Il est heureux, le monde l’est avec lui, pour lui.

 

Il ne me prête aucune attention, je sors de l'atelier, je reprends ma place sans qu'il ne s'aperçoive de mon absence.
Les cheveux mi-longs de Goran sont tirés en arrière, attachés en un chignon négligé sur le sommet de son crâne.

     

 

 

 

Cette coiffure accentue les fines arêtes de son nez, ses yeux vairons, un bleu et un vert, étirés sur les tempes.
Il se baisse, trace quelques courbes, se relève. Les muscles tendent son t-shirt gris, son jean délavé et troué. Il suit une chorégraphie dont lui seul connaît l’enchaînement, sublime danseur de ballet déglingué.

 

Marie

 

 

 

 

ENTERREMENT  - Chiara Alba

 

Carol se souvient de l’enterrement de ses parents, Olivia et Maxime. À l’église, elle serre les mains, subit des embrassades, écoute les lamentations d’innombrables inconnus aux visages flous. Son énergie diminue, ses jambes tremblent, elle va gerber, elle le sent, elle va vomir sur les chaussures noires vernies de cette dame rondelette d’un mètre cinquante qui lui dit entre deux sanglots : « J’aurais tant voulu revoir Olivia avant qu’elle ne parte. » 

 

 

 

 

 

Carol essaye de fixer son attention sur le visage de cette femme qui doit avoir le même âge que celui de sa mère. Avant qu’elle ne parte se répète Carol, quel euphémisme stupide. Olivia est « partie » ? Partie où ? Cette vieille ne peut pas parler comme tout le monde ? Avant qu’Olivia ne meure, décède, crève…  « Tu ne me reconnais pas ? » demande la femme.« Je suis désolée. » murmure Carol.  La voix geignarde de la femme reprend :« Elle était si belle, Olivia, si passionnée, un vrai boute-en-train. Tout le monde voulait être son amie à l’école. »  

 

Carol pose les yeux sur cette femme, ni blonde ni brune, qui nettoie ses lunettes à la monture noire pour les remettre sur son nez en reniflant.  Carol sent une légère pression sur son bras gauche, elle se rappelle la présence de Goran à ses côtés, elle lui jette un rapide regard qui signifie Sauve-moi, débarrasse-moi de cette intruse. 

 

« Le principal, c’est qu’elle n’ait pas souffert, marmonne la femme comme pour elle-même. Josiane, qui était également dans notre classe, est décédée il y a deux mois après avoir lutté trois ans contre la maladie. »  Carol fixe la bouche rouge de la femme, le blanc à la commissure de ses lèvres, les dents grisâtres.  La main de Goran presse la sienne. Il s’adresse à la femme d’une voix douce : « Il faut qu’on y aille. »  -  « Josiane, je l’ai vue dépérir. Elle ne pesait que quarante kilos à la fin. »  Carol note que la femme évite à nouveau le mot mort.  Goran se racle la gorge : « Excusez-nous. »  La femme continue : « C’est le cœur qui a fini par lâcher. »

 

Carol détourne les yeux car leur interlocutrice se mouche bruyamment dans un tissu blanc orné de dentelle bleue. Bleue comme les yeux d’Olivia. Bleu comme le ciel qui accueille la mère de Carol, selon les dires de Monsieur le Curé.  Bleu comme le pull que sa maman portait, la dernière fois que Carol l’a vue, trois jours plus tôt.  

 

Carol hait le bleu désormais, elle déteste le soleil qui s’en donnait à cœur joie ce matin-là, ce matin où elle a cessé d’être l’enfant d’un vivant. Elle dit oui à la pluie, oui à l’orage, aux éclairs qui aveuglent et vous rendent sourds. Elle hurle oui à la nuit, la bouche terreuse.  Elle court nue, sans entraves, elle se met à voler bien au-dessus des étoiles, rien ne la retient. Néanmoins, Carol s’entend répondre poliment : « Merci pour votre présence. »

 

 

ÉCART DE GÉNÉRATION - Michèle Gaillard


Sur le chemin de retour de l’école…  Dialogue avec mon fils de 13 ans…

 

Sylvie Fripiat

 

 

-Ça sert à quoi d’apprendre ce cours par cœur maman ? Si je dois avoir une information, il y a Internet.

 

-Et que fais-tu de ta culture générale ? Il est important de retenir un minimum d’informations pour mieux t’intégrer dans la société.

 

-J’aurais préféré vivre au temps de la préhistoire, il y avait moins à étudier.

 

-L’homme des cavernes ne restait pas pendant des heures devant un écran. Il sortait, il apprenait à connaitre la nature, il chassait, il se créait des activités à l’intérieur et à l’extérieur de sa caverne.

 

-Ouais, c’est ça, c’est de ma faute, peut-être si je suis né à l’époque d’Internet ?!

 

-Oh ! Melvin, tu m’énerves.

 

-Ouais, mais j’en ai marre, j’ai déjà étudié ça l’année dernière et mon cerveau, il a tout oublié. Donc, ça sert à rien. Et arrête de me parler de culture générale. Pour l’école on doit avoir un dictionnaire, c’est complètement ridicule, on n’a qu’à taper sur Internet si on veut savoir quelque chose, mais, en classe, on peut même pas utiliser son GSM, c’est RIDICULE !

 

-Tout le monde n’a pas Internet sur son téléphone.

 

-Parce que tu crois que les copains, ils ont un GSM du Moyen-Age. D’ailleurs, je t’ai déjà dit que tu devais t’acheter un GSM « normal ». Sur le tien, on ne sait même pas écouter de la musique.

 

-Je suis très contente de mon GSM, si j’ai besoin de musique en voiture, j’allume la radio ou je mets un CD.

 

-Ouais, avec de la musique du Moyen-âge ! Sur ton autoradio, on sait même pas mettre une clé USB, tu es toujours obligée de mettre un CD. Et si tu savais mettre une clé USB, tu téléchargerais gratuitement les musiques que tu veux. Tu vois, toi qui veux toujours faire des économies.

 

Éclats de rires complices… - Je t’aime mon Cœur ! Mon ado préféré !

 

 

 

 

CONNEXION. - Michèle Gaillard


Oh Toi, ma belle Étoile, qui depuis toujours me protège et me guide sans relâche sur le chemin de la vie.


Déjà toute petite, je t’ai rencontrée et t’ai accordé ma confiance. Je ne sais pas quelle est cette force d’attraction qui me pousse toujours vers toi. Devant l’adversité, tu es là, tu me suis pas à pas… Dans chaque moment de bonheur, je n’oublie jamais de te remercier. Tu es mon alliée, mon réconfort. Tu es là… Quelle que soit la situation… Tu es là !


Dans les épreuves que la vie me demande de traverser, je ressens à chaque fois ta présence, ton rayonnement, tes encouragements… Tu m’apportes espoir et force pour un renouveau. J’entends ton message qui fait écho tout au fond de moi, tu me dis que même dans mes nuits les plus noires, tu brilles ; même derrière les gros nuages sombres à l’horizon, tu réapparaitras. Les soirées et les nuits me sont souvent pénibles, mes démons en profitent pour refaire surface. Alors, je regarde le ciel, je scrute ta présence et je ressens ton amour immense et infini. Quand l’angoisse m’envahit, je me tourne vers toi et te parle. Une lueur d’espoir renait alors au fond de mon âme et me reconnecte à la Source.


Je te dessine toujours à cinq branches. Tel ce pentagramme, ton symbole est magique. Tu es force de vie, source de toute (re)création.


J’ai lu un jour que tes cinq branches représentent l’Esprit et les quatre éléments de notre terre. Tu nous aides à combattre les démons de l’air, les esprits du feu, les spectres de l’eau et les fantômes de la terre. Quelle chance de te connaitre. Merci !


Sais-tu aussi que ton nom est donné à certains échinodermes vivant au fond des mers. Et là aussi, ta magie opère, car lorsqu’ils perdent une de leurs pattes, celle-ci a la faculté de repousser. Comment ne pas entendre ton message : « Je survivrai, je recommencerai, le morceau qui s’est brisé repoussera encore plus beau, encore plus fort ! »


Dans ton nom « Étoile », je peux aussi entendre « Et… Toile…  Et, après ces épreuves, continue ta Toile. »


Toile, la toile de ma vie, toile jamais achevée. Si j’étais peintre, je peindrais en grand la toile de ma vie. La vie est une création, tu me le rappelles à chaque fois et j’en suis l’artisan. S’il-te-plait, reste mon guide dans la continuité de ce chef-d’œuvre.
Merci, ma Bonne Etoile !


Michèle, mon Ange,
Je suis heureuse que tu aies pu m’apercevoir et m’entendre. C’est vrai, je serai toujours présente à tes côtés, je veillerai sur toi et te guiderai. Laisse ton cœur ouvert à toute nouvelle richesse que t’apportent les épreuves de la vie. Chacune est calculée et est toujours à la hauteur de ta force si tu continues à croire en moi. Chacune t’apprend à grandir, à te fortifier, à t’éveiller et à évoluer.

Je suis heureuse que tu les prennes comme un cadeau de renouvellement et de progression. Cette force que tu crois que je te donne, elle est en toi. Je ne fais que la soutenir ou la réveiller lorsque ta peine t’aveugle. Cette force, personne ne te l’enlèvera, elle t’appartient. Ne l’oublie jamais !
Je t’embrasse tendrement. Je t’aime !
Ton Étoile, ton Amie pour toujours.       

 

 

 

       

 

 

LA VIE OU LE MOUVEMENT PERPÉTUEL - Anna Angela

 

Anna Angela

 

 

Fermer les yeux
Inspirer
Expirer
Mer en tempête
Être  dans la tourmente
Naviguer
Enveloppé par les vagues
Vagues tranquilles
Vagues en  mouvements
Vagues ! Vagues !

Être dans  la mer
Accoster au rivage
Replonger dans la mer
Emporté par la tempête
Naviguer sur les vagues
Vagues agitées
Vagues en mouvements
Vagues ! Vagues !

Suivre le rythme
Écouter les chants des sirènes
Danser avec les dauphins
Effrayé par les requins
Nourri par les poissons
Et … se laisser aller
Transporté par la mer
Vagues chaotiques
Vagues en mouvements
Vagues ! Vagues !

Bercé par le bruit
S'endormir
S'apaiser
Inspirer
Expirer
Se régénérer
Arriver à bon port
Ouvrir les yeux
Vagues paisibles
Vagues en mouvements
Vagues.

 

LETTRE À JULIETTE   Anna Angela

 

Bonjour Juliette,


Tu reçois des milliers de lettres qui parlent de l'amour et du manque d'amour.
 Avec  ma lettre je veux partager ma tristesse du manque d'amour général, du manque d'amour autour de moi, dans le monde et dans l'univers entier.


Suis-je pessimiste? Non je ne le pense pas.  Ce manque d'amour et perceptible et il est présent dans chaque action au quotidien.  Quel monde différent si l'amour était partout, si l'on était capable de vivre dans l'amour, ne respirer que de l'amour et partager tout cet amour.  L'amour existe, mais pas assez pour guérir les blessures du monde.


Juliette, tu serais triste de voir tous les jours que la balance penche plus du côté du manque d'amour que du côté d'une abondance d'amour.  Guerres, violences, massacres, famines, déforestations … soit à l'échelle mondiale soit au quotidien, tout cela  à cause du manque d'amour pour nous même et pour la vie.


Chère Juliette, tu as perdu ta vie parce que tu voulais aimer.  Aujourd'hui la vie se perd par cupidité, possession, jalousie et envie…  L'amour manque !


L'amour cherche sa place !
L'amour a besoin de nous !
L'amour c'est nous !

 

 

      

 

10 FEMMES POUR UN 4000 MÈTRES  -  Sylvie Frippiat

 

Il  y a 15 mois, personne n'aurait pu imaginer que le 4 juillet 2016, je serais au sommet du col du Grand Paradis.
Une amie m'a dit : " Si ce projet est sur ta route, maintenant, ce n'est pas un hasard, vas-y, qu'est-ce que tu risques ?".  Alors, j'y suis allée pour réaliser quelque chose rien que pour moi.

 

De jour en jour, d'entraînement en entraînement, mon corps allait mieux.  Avant le grand départ, des doutes, des peurs m'ont envahie : Suis-je assez préparée ? Vais-je y arriver ? Je me suis dit : Tu verras bien, aie confiance.


Maintenant, je peux vous dire que "10 femmes pour un 4000" est une belle aventure  humaine, physique et de dépassement de soi.


C'est avancer en pleine conscience vers son objectif, parcourir pas après pas, un chemin, un petit bout de son chemin de vie.
C'est aller toujours de l'avant sans regarder derrière soi, ni trop loin devant, mais juste ici, maintenant.


C'est persévérer et trouver la force au plus profond de soi pour continuer encore et encore.


C'est oser se dépasser, sortir de sa zone de confort et expérimenter.


C'est se relever et repartir malgré les obstacles, les embûches pour atteindre son but, son sommet.


C'est accepter la main tendue, demander de l'aide, ne pas vouloir tout faire toute seule.


C'est pouvoir compter sur sa cordée en cas de coup dur et puis à son tour encourager l'autre.


C'est s'accepter telle que l'on est avec ses forces et ses faiblesses.


C'est apprendre à respirer, respirer la vie à pleins poumons à chacun de ses pas. 


 

 

Sylvie Fripiat

 

C'est contempler l'eau des cascades couler, s'émerveiller de la beauté de la nature et de la montagne, ouvrir ses sens.


C'est savourer et apprécier chaque petit moment de bonheur, de rire, de joie, de bonne humeur, d'amitiés partagées, de chaleur humaine et d'émotions.


C'est entendre dans ma tête, la voix de mon fils : « maman, vas-y, courage, tu vas y arriver. »


C'est suivre les traces de mon guide, lui faire confiance, l'écouter, accepter ses conseils et apprendre.


La montagne a accueilli mes larmes, ma tristesse ma fragilité, mon découragement, mes sentiments d'injustice et de colère face à la maladie.


La montagne m'a donné sa force, son énergie, sa beauté, sa sérénité et sa quiétude.  Elle m'a ressourcée, reconnectée à de belles choses, à la vie.  


Elle m’a donné envie de vivre ma vie et de prêter attention à ma petite voix pour suivre ma voie.


Merci aux dômettes (amies de cordées), aux thérapeutes et à l'initiatrice du projet. Merci à cet accident de vie qui m'a permis de vivre cette expérience incroyable.

 

 

 

QUI A DIT QUE JE N’AIMAIS PAS LE CHANGEMENT ?   Françoise D.


À la base, je n’aime pas les changements. Que cela fonctionne bien ou mal, en fait, on tente de s’habituer aux faits présents mais, en fait, rien n’est immuable, tout est évolution.
Pour structurer un enfant, on lui donne des habitudes : manger, dormir, jouer à heure fixe. La naissance est déjà un énorme changement. Dans le ventre, tout était constance pour mûrir l’enfant à naître et hop ! On passe au froid, à la faim, à la solitude, mais aussi aux câlins et à la découverte du monde.


L’enfant grossit, plus de lait. X mois, nourriture solide, introduction des aliments, apprentissage de la marche, du langage (le plus dur d’après les scientifiques) et de la propreté. Et puis, école, sport etc. Tous les apprentissages pour former un adulte. Tout est évolution et donc, changement progressif.


La vie est un équilibre entre habitude et progrès. Alternance des partis conservateur et progressiste.


Chaque jour apporte son lot de changements, petits ou grands : quitter la maison des parents, déménager, un emploi, un autre, un compagnon, des animaux, des enfants, des amis, … arrêter de fumer, manger sainement, goûter un nouvel aliment. 

 

 

Marie

 

Petits et grands changements, qui restent ou pas, en tout les cas, cela aide à nous construire chaque jour, à nous réinventer en quelque sorte.


En fait, j’accepte les changements car c’est le piment, le goût de la vie. J’essaie d’en tirer le meilleur, un jour après l’autre, une aventure après l’autre.  Vive le changement !

 

  

 

CINQUANTE-DEUX DEGRÉS - Françoise D.

 

Cinquante-deux degrés, rien que de le dire, le lire, l’écrire, j’étouffe, je fonds, je cuis…


Au-delà de trente degrés, chez nous, en Belgique, l’air est irrespirable, lourd, étouffant, impossible de bouger, plus d’énergie, le courage s’envole…


Ces cinquante-deux degrés, je le ai vécus mais à Djerba, en Tunisie. Quel beau souvenir, l’air y est léger au bord de la mer, le soleil est écrasant, pas un nuage, pas d’ombre, trop de lumière dehors que l’on se réfugie aux temps les plus chauds dans la chambre aux murs blancs. Impossible de bien voir, comme dans un brouillard, mais fait de lumière.

 

 

Vers seize heures, on ressort pour aller au bord de la piscine sous le parasol. Une heure plus tard, on avance jusque la mer, passant d’ombre en ombre. L’eau est à vingt-huit degrés, une vraie détente après le temps chaud, mais attendre que le soleil ait baissé. Avant, il faut garder ses sandales jusqu’au sable humide car sinon cela brûle les pieds.


Cinquante-deux degrés, c’est ne rien faire, profiter du temps, accumuler la chaleur pour les moments froids. Se rappeler ces heures chaudes au cœur de l’hiver.


Je n’aime pas quand il fait plus de vingt-cinq degrés ici chez nous, mais je rêve souvent de reprendre la chaleur et le soleil de Djerba. Bientôt peut-être, ou ailleurs.


 

JAÏPUR  -  An de Bavon

 

J’aime aller à Furnes avec mon amie Brigitte dans un restaurant que l’on apprécie énormément, la cuisine y est excellente et inventive, les vins délicieux. Face aux toilettes, à l’étage, une vitrine ancienne contient une collection dépareillée d’objets de table en argent.  À côté, sur un guéridon, une brochure attire mon attention : un ours polaire dort, allongé sur une pierre grise, un papillon rouge posé sur son énorme patte.  À l’intérieur de la brochure, un tigre blanc pose son museau sur la tête d’un tigre brun qui ferme les yeux de plaisir. Je suis fascinée par la beauté de ces toiles, aussi réalistes que des photographies.

 

Rémi Bourquin


Le repas terminé, Brigitte et moi partons visiter cette galerie de tableaux, située dans une ancienne maison étroite près de la gare de Furnes, un beau bâtiment vêtu de briques jaunes. Nous entrons dans l’unique pièce d’exposition, une dame charmante nous y accueille. Je parcours la salle d’un coup d’œil rapide.  Toutes les toiles représentent des tigres et des ours polaires, à l’exception du tableau du fond où dansent des pingouins dans une eau turquoise, tempérée, moi qui déteste l’eau, j’y plongerais volontiers pour m’amuser avec les pingouins.

 

 

 

J’admire chaque toile en détail. De chacune d’elle se dégage un message qui m’est adressé.  En gros plan, la tête d’Amouk, l’ours polaire, s’offre confiante à la caresse. J’ai envie de glisser ma main dans sa fourrure douce et immaculée.  Joyce, le jaguar, se repose.  

 

Sans souci est le mot qui me vient à l’esprit. Le regard des tigres Irawan et Gandhali est empli d’une bonté qui me touche.  Deux autres tigres Madras et Layla, assis en sphynx, dégagent une énergie bienveillante.  Le peintre animalier, Rémi Bourquin, me donne autant à ressentir qu’à voir.  

 

La majorité des tableaux sont des images de repos. C’est la vie somnolente de l’animal qui est montrée ici, ces animaux partagent avec moi leurs rêves.  La force et l’attrait étrange de ces scènes réside dans une sensibilité sous-cutanée qui contraste avec le décor architectural de la pierre sur laquelle se repose l’animal.  Détail insolite, le papillon rouge apparaît sur plusieurs toiles.

 

La propriétaire de la galerie nous explique que depuis l’Antiquité, le papillon incarne le mystère des métamorphoses physiques mais également les plus belles transmutations de l’âme, il représente l’image la plus poétique de la psyché.  Je reste longtemps devant la dernière toile, le portrait d’un tigre endormi, allongé sur une pierre brune.  Il s’appelle Jaïpur, me souffle Madame Vansteenlandt.

 

Jaïpur, le nom d’une ville indienne que j’ai visitée quelques années auparavant. Mon esprit s’évade… Jaïpur, la ville rose, la ville du Palais des Vents, une des merveilles de l’architecture du Rajasthan.  Des centaines de fenêtres et balcons ornent sa façade rose sur cinq étages, disposées pour permettre aux femmes du harem royal de voir à l’extérieur sans être vues en retour.  À l’heure actuelle, ce sont des singes qui y ont élu domicile.
Pas de doute. Ce tableau est pour moi. Je ne peux pas faire autrement. Malgré son prix, je l’achète.  Pas de voyage cette année.  Jaïpur s’en chargera.

     

 

MEXICO  -  An de Bavon


Notre groupe descend du car sur le Zocalo, la place centrale de Mexico.  Le Zocalo, ancienne capitale aztèque déborde d’activités.  Un groupe d’Indiens dansent au rythme des tambours près de la cathédrale. Certains d’entre eux pratiquent des cérémonies d’exorcisme en évoquant leurs dieux.  Nous entrons dans le Palais National, bâti sur le site du palais de Moctezuma, dernier empereur aztèque.

 

Je m’extasie dans la cage d’escaliers devant les fresques peintes par Diego Rivera, le célèbre muraliste, époux de Frida Khalo. Ces fresques aux couleurs lumineuses illustrent avec force l’histoire du pays, j’admire l’ancienne ville de Mexico construite aux alentours de 1320-1350 par les Mexicas, une vision enchanteresse, une cité fantastique, l’une des plus belles et plus grandes au monde. 

 

Dressée sur la lagune au milieu d’un lac, Tenochtitlan de son nom précolombien, déploie de somptueux palais, des temples grandioses, des terrasses et jardins flottants reliés entre eux par des canaux sur fond de sommets enneigés.  

 

Le conquistador Hernan Cortès l’a fait détruire entièrement en 1521 pour y construire une cité espagnole car rien ne pouvait surpasser la splendeur des villes hispaniques. Pénétrée par la magie de ces représentations, je parcours les galeries à l’étage.

 

 

Sur les murs, Rivera dépeint des scènes de la vie précolombienne : des jeunes filles ravissantes aux visages paisibles, des éphèbes à la peau sombre, des enfants rêveurs chargés d’immenses bouquets de fleurs exotiques. L’artiste présente une image idéalisée et sentimentale d’un Mexique primitif.  Il exprime de façon lyrique son attachement profond au peuple indien.

 

Je suis émerveillée par la passion de ce muraliste pour les couleurs éclatantes. Enthousiasmée par cette découverte, sortant du Palais Nationale, je passe devant la cathédrale métropolitaine qui m’attire comme un aimant. Elvira, la guide, me dit que sa visite n’est pas au programme.

 

Tant pis, ma curiosité l’emporte. J’y entre quand même, le temps que tout le monde s’installe dans le bus. À l’intérieur, cinq nefs divisent ce colossal et sombre espace, éclairé par une multitude de cierges. Il règne dans ce lieu une ferveur incommensurable. Jamais nulle part, je n’ai ressenti une telle énergie de dévotion. Je suis transportée par cette atmosphère vibrante de mysticisme.  

 

Au détour d’une nef, j’aperçois, incongru, un poids géant suspendu au dôme. Plus tard Elvira m’expliquera que ce poids sert à stabiliser le degré d’inclinaison de la cathédrale car ses fondations construites sur la lagune sont menacées d’effondrement. À mon grand regret, je dois rejoindre le bus.  Je me promets redevenir un jour sur le Zocalo sans contrainte ni chronomètre.

 

 

TOUT BRÛLE - Pat

 

Sylvie Fripiat

 

J’ai fait un rêve.  C’était un incendie.  J’ai vu ma maison se tordre et se consumer.
J’ai vu des femmes vêtues de blanc, des noms brodés sur le dos : « Je suis ta mère », « Je suis ta grand-mère », « Je suis ta tante », « Je suis... ». Je les ai vues souriantes plonger dans le feu.


J’ai vu mes maris se jeter dans le brasier en agitant une pancarte «  Je t’aime ».
J’ai vu mon fils arrêter d’essayer de se relever.
J’ai vu ma fille alimenter les braises et mes petits-enfants danser dans la lumière.
J’ai vu mon fils prier sur un tapis qui ne se consumait pas.
J’ai vu des ombres hypocrites s’éloigner de la chaleur.
J’ai vu mes amis déposer dans les flammes des paquets cadeaux.

 

Pour finir, il ne restait rien.  Je n’étais plus triste.  J’ai su à cet instant ce que signifie la coutume qui est de tout brûler sur une terre pour la rendre plus fertile.


 

De là est né au fond de moi, un profond désir de créer, de me reconnecter à cette émotion ressentie à la naissance de mon premier fils, cette explosion du cœur.


Aujourd’hui, je me promène sur le champ calciné de ma vie.
J’y récolte quelques brindilles et les laisse me parler...ou se taire...ou me conseiller…

« Que dites- vous petits bois morts ? » - « Va ! Marche sur cette terre fertile et crée. »

Depuis des années, je développe avec plaisir ma créativité en préparant à manger pour la famille avec amour.  Mon image de mère exemplaire a brûlé dans l’incendie.

J’ai, en me promenant sur cette terre noire, ramassé un morceau de tissu.
Ma créativité-réparatrice passera par là.  Les teintures, les couleurs, les matières…
J’ai envie de toucher, découper peindre.  Aimer le coton, la laine, le cuir et les fils.
Mettre des mots entre les brins.  Parcourir le monde pour m’inspirer et surtout « Admirer ».    

 

DÉPART  DE  LONDON  -  Pat

 

Nous avons quitté très tôt London afin de profiter de la fraîcheur du matin.
Hypnotisée par la monotonie de l’asphalte et de la poussière que je fixais par un trou dans le bas de caisse de notre camion, je m’étais endormie.
Nous quittions l’Ontario après un mois de récolte du tabac.
Nous quittions l’odeur de la grange où l’on enfumait les feuilles.
Adieu les nausées matinales…
Une sensation m’a réveillée.
Était ce ce point éblouissant qui éclatait sur le pare-brise ?
Ou la fraîcheur de l’aube entrée par la fenêtre ?
Une main sur le ventre, j’offrais à mon bébé son premier lever de soleil.
Daniel, au volant, s’était endormi.
Le truck quittait doucement la route.
Juste à temps, j’ai rattrapé le volant.
À temps pour traverser la brume… du bon côté de la route !


LES GÉNÉRATIONS  -  Sylvie Ducroquet


Voilà un mois que Maman vient de nous quitter.
Elle nous a laissé un grand carton rempli de paperasses. Elle gardait tout : quittances, extraits de compte, factures diverses, documents administratifs....tout cela ira à la poubelle. On y a aussi trouvé des correspondances qu'elle recevait de ses enfants et petits-enfants.


Et puis, il y a des photos. Toute une vie défile devant nos yeux. C'est à la fois émouvant et amusant.  Il y a des portraits devant un décor en carton pâte. On y voit mes oncles et tantes assis dans une voiture fictive. Mes parents sont là aussi, mais la tête de ma mère a soigneusement été découpée par mon père. On ne sait pas pourquoi il prenait l'habitude de la découper des photos. Ma sœur aînée dit qu'il faisait ça quand ils se disputaient.


Il y a aussi la photo de mon arrière-grand-mère avec ses deux filles : trois mastodontes vêtues de robes noires à longues manches et montantes jusqu'au cou. Elles sont toutes les trois coiffées avec un gros chignon.


Nous trouvons aussi des photos de mes sœurs, mon frère et moi prises dans un cimetière anglais. Drôle d'idée quand même, ça nous fait sourire.


Et puis, la photo de famille tirée lors du mariage de ma sœur aînée. Il manque ma petite sœur car mes parents n'espéraient plus d'enfant à cette époque. La photo a fait rire mon petit-fils, il trouve que j'ai une drôle de coiffure, un peu à la "tintin", et ma sœur un gros nœud dans les cheveux. La photo en noir et blanc et a été prise dans un studio, le décor est  kitch avec de grands voiles tendus derrière nous. Personne ne sourit, nous sommes figés comme des statues.


Voilà aussi les photos lorsque nous avons fait notre communion. Nous sommes à genoux sur un prie-Dieu, avec une longue robe blanche et un voile sur la tête, des gants et un missel à la main. Pas de sourire non plus, il fallait être sérieuse.
Et puis toute la panoplie des mariages, baptêmes, repas de famille, excursions à la mer, à la campagne....que de souvenirs, de bons moments passés en famille.


Nous sommes un peu nostalgiques mais ce qui est bien, c'est que ça reflète les petits bonheurs familiaux et nous fait oublier, pour quelques instants,  la dureté de la vie.

 

 

 

ATHMOSPHÈRE  - Sylvie Ducroquet

 

Martine Eleonor

 

Je suis de plus en plus nerveuse, quelque chose change dans l'air.


Je sens d'abord l'odeur des biscuits. Le vent la transporte depuis l'usine Delacre qui se trouve de l'autre côté de la frontière. C'est loin et pas loin en même temps. Il lui faut traverser un hameau, puis des champs avant d'arriver jusqu'à chez nous.


C'est sûr, quelque chose va changer.


Je lève le nez pour humer toutes ces odeurs, regarder le ciel qui se charge de lourdes nuées noires. Il ne pleut pas car le vent est trop fort, il chasse les nuages.

 

Je me suis réfugiée dans mon arbre et je profite du spectacle tout en étant balancée par les branches. J'aime ce contact sauvage avec la nature, je suis en symbiose avec elle.
Quelques grosses gouttes commencent à tomber, tout mon arbre frémit. Une légère brume sort de terre et me chatouille les narines. Je m'emplie du parfum qui s'en dégage : l'odeur de la terre.


Je goûte la pluie qui s'est accrochée aux feuilles de mon arbre et qui me laisse un léger goût salé sur la langue. Je frisonne, j'ai froid mais je suis bien.
J'entends ma mère qui m'appelle et me demande de rentrer à la maison. Je m'exécute, le charme est rompu.

 

 

 

 

NAISSANCE.   Muriel Wuisbeek

 

Sylvie Fripiat

 

Bruxelles, 19 mars 1971. Hôpital Edith Cavell.  “ Poussez. C'est bien. Encore. Doucement.” Épuisé, le docteur Antoine Guide se frottent le front. À l'horloge trois heures sonnent. Ça ne peut plus durer. Bientôt quinze heures qu'il est entré en service. Manque de personnel, restructurations. Il grimace. C'est son dernier accouchement. L'agitation de l'après-midi s'est dissipée après le départ de ses collègues. 

 

Avec la tombée de la nuit, la fatigue et cette douleur qui ne le lâche plus, profitent du silence pour se manifester. Il faudra qu'il consulte. Le bas des reins. Il en a plein le dos. Un lancement brutal dans la jambe gauche le tire de ses pensées, il se redresse, ferme un instant les yeux.

 

 

“Docteur !” crie l'infirmière. Je suis née dans cet écart. Ecart de jambes, écart d'attention, écart de temps.  Je vous présente, ma mère: Gabrielle.  Elle porte dans le regard la blancheur de l'innocence, l'espérance de ses vingt ans, la douceur de sa candeur.  Tout est allé si vite. Je me suis immiscée dans la faille. Je crie à la vie.


A quelques mètres de là, dans la chambre de notre petit appartement, mon frère Vincent s'est endormi au creux de l'attente de mon père.

 

L'APPEL DE LA CONSCIENCE. - Muriel Wuisbeek


Quel est cet appel que personne ne peut voir, et que personne ne peut comprendre - même pas moi?  Cet appel, je le sens. Comme une poussée dans le dos vers un au-delà de.

 

Une béance du devant. Je m'avance vers un 'je ne sais où', un 'je ne sais quoi'. J'avance vers et cela me suffit. Bien plus même, c'est ce mouvement qui me porte. Toujours ailleurs, au-delà de moi.

 

Chaque fois un peu plus loin, un peu plus profond.  Mes yeux s'ouvrent grands: le monde m'apparaît dans sa beauté et sa laideur; dans sa petitesse et sa grandeur. Tout est là. Ombre et lumière, en équilibre.  Et la lune en tiers, regarde, témoin de ce lever de jour.

 

 

ÉCART GÉNÉRATIONNEL  -  Sylviane Goffaux

 

Il fait beau, il fait chaud, c'est l'été.
Alexandre, notre petit-fils arrive à l'aéroport de Carcassonne avec son amie enfin… sa petite amie Valentine.  Alexandre 16 ans  peut prendre sous son aile sa copine qui en a 14 !


Pas d'inquiétude pour  les parents… Nous, grands-parents, assumerons ?  Mais comment ?  Les questions fusent... Où vont-ils dormir ? Sont-ils protégés ? Peuvent-ils dormir dans la même chambre ?  Dans le même lit ?  Pour notre part pas de soucis chacun une chambre, chacun un lit.


Arrivés à l'aéroport je reçois un message de notre fille : Ne vous inquiétez pas les parents de Valentine et nous-mêmes sommes d'accord pour qu'ils dorment ensemble.  OK !!!
Les lits n'étant pas encore prêts, nous les avons laissés préparer leur petit nid qui le restera pendant une semaine.  Jamais nous ne nous rendions dans ce capharnaüm d'amour et de jeunesse.  Ce n'est qu'une petite semaine, prends patience... le reste de la maison n'est pas envahi ... me disait ma petite voix.


Quand je passais devant leur chambre j'en avais la rage du désordre mais ils étaient mignons chacun avec leur GSM jouant à leur jeu virtuel.

 

Une chambre en désordre, deux jeunes adolescents qui s'aiment, des activités sur le net, c'est quoi... à côté du plaisir de partager de très bons moments avec eux ?


 

Sylvie Fripiat

 


Ils étaient agréables, souriants, heureux, amoureux, serviables, gentils et quel bonheur d'être grands-parents, de n'avoir que le beau côté de l’insouciance.


Le dernier jour au moment du départ nous leur avons expliqué avec beaucoup de délicatesse que nous avions lutté avec nos principes moraux pour accepter la situation. Comme c'était occasionnel, le manque de respect de la chambre avait été relativisé.


Quelle belle semaine ils ont passé en notre compagnie.
Pourtant 50 ans nous séparent et leurs voeux pour 2017 : une semaine de vacances  avec Papou et Mamou.