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FLORILÈGE DE TEXTES ÉCRITS PAR LES ÉLÈVES :

RÉCITS DE VIE.

2010-2020

 

 

 

 

F L O R I L È G E : TEXTES 2019-2020

 

 

 

MON ALBUM PHOTOS RACONTE…

 

TOUT EST DANS LE REGARD.   Brigitte

 



Quand je serai grande…

Je pourrai apprivoiser les regards.
Je pourrai les affronter, leur faire face.
Je saurai traduire les regards trop durs, ils cachent d’autres secrets, de la souffrance, de la méfiance, de la peur ou simplement de la concentration.
Je saurai répondre aux regards qui envoient de la tempête, des éclairs et de la foudre, ceux qui te figent, te paralysent, ceux que tu crains avant de les voir. Ils font si peur qu’ils t’empêchent de de respirer, de dormir, de vivre. Pour ceux-là, ce sera un long travail de patience, et de lâcher-prise.
Je saurai deviner quand un regard dit le contraire des paroles que les lèvres prononcent.
Je saurai comprendre quand un regard est triste et attend un geste.

Et moi, et mon regard ?

Quand je serai grande…

Je pourrai montrer à travers lui mes vrais sentiments. Si je souris souvent, que mes yeux sont joyeux et mon regard ouvert, cela n’est pas toujours le cas au fond de moi.
Je pourrai, quand je serai grande, lancer des éclairs en retour, lâcher prise et rendre mes yeux indifférents à la bêtise ou à la méchanceté.
Je pourrai regarder au-delà de ce que je vois, aller plus loin, me reculer de la situation, me protéger mieux !

Je pourrai continuer à teinter mon regard de tendresse et d’amour pour ceux que j’aime et je pourrai continuer à admirer la plus belle face du monde, de la mer, de la nature et je pourrai continuer à rêver comment je serai quand je serai grande.

 

 

LE MÉTRO  -  Ann de Bavon

 

Cette année encore une classe de remédiation à mon horaire. C’est comme attraper la floche du carrousel à la foire sauf qu’ici le cadeau est empoissonné.


À qui vais-je avoir à faire ? Surprise : quatre filles, huit garçons. Akmet, un marocain baraqué, mesurant au moins un mètre nonante, fier de son physique de bellâtre, me déclare d’entrée de jeu : Vous voyez celle-là en désignant une des filles, l’année prochaine, elle va faire le trottoir pour mon oncle à Bruxelles.


Ton oncle est proxénète ?


Qu’est-ce que ça veut dire ? me demande-t-il.


Voilà une excellente occasion d’utiliser ton dictionnaire. 
La fille vexée : N’écoutez pas ce qu’il dit, il faut toujours qu’il fasse son intéressant.


Jessica et Vanessa sont habillées comme deux petites putes, je me demande comment elles ont pu entrer dans l’école ainsi accoutrées. Soit le surveillant était absent, soit elles se sont changées dans les toilettes.


Il y a aussi Aimé, un Rwandais, dont les parents ont été massacrés à la machette sous ses yeux. Aimé se rend invisible. Il n’est pas concerné par ce qui se passe autour de lui. Son esprit est ailleurs. Mon cœur s’étreint quand je le regarde.


Pour les autres, rien à signaler pour le moment.
Quelles sont les lacunes que vous aimeriez combler au cours de cette année ? Aucune, on n’est pas pété en français. On n’a rien de mieux à vous proposer que Rien. Rien à foutre, rien à caler, rien à cirer. La différence est que moi j’ai mon diplôme, vous pas. Et, je suis payée pour travailler alors il va bien falloir trouver de quoi s’occuper.


La semaine suivante, Akmet me tend un exemplaire du Métro, qu’il a pris sur un tourniquet à la gare, il me montre un article. Je lis qu’une personne a tenu des propos irrévérencieux à propos du Prophète Mahomet. Grâce aux réseaux sociaux, l’information s’est répandue dans tout le monde musulman. Certains projettent des représailles.


Je cherche à tempérer son indignation : Si les Chrétiens devaient faire un tollé chaque fois qu’une personne tient des propos désobligeants sur le Christ, où irait-on ?
Outré, il me répond : Si les Chrétiens sont d’accord qu’on insulte le Christ, c’est leur problème mais nous, on n’accepte pas qu’on insulte le Prophète.
Un point pour Akmet. Ma réponse est inadéquate.

 

À partir de ce jour, le Métro est devenu le support didactique du programme de remédiation. Il a suscité des discussions intéressantes. Les élèves cherchent les fautes d’orthographe et les mauvaises tournures de phrases écrites par les journalistes. Cette activité les amuse énormément et leur rend un peu de confiance en eux.

 

 


Un jour, en entrant dans la classe, Akmet nous informe qu’hier il a mangé un couscous à tomber… Ma mère, renchérit-il, cuisine les meilleurs couscous du monde. J’adore le couscous. C’est quoi un couscous demandent en cœur Vanessa et Jessica ? Si vous voulez ma mère sera ravie de vous en préparer. Excellente idée. Nous allons organiser cet événement. Prenez votre journal de classe pour fixer une date.


Le mercredi, notre cours se termine à midi, c’est le moment idéal, fait remarquer Didier. Ok pour le mercredi midi. Au tableau, je note le matériel à apporter : nappe, serviettes, couverts, gobelets, boissons…. A côté, le nom de celui qui s’en charge.


Aimé me signale qu’étant toute l’année à l’internat, il ne pourra rien amener. Je suis sûre que tu trouveras un petit rien…


Le mercredi venu, je demande aux élèves de disposer les bancs en rectangle de façon à rendre le repas plus convivial ainsi que de dresser la table pendant que je pars avec Akmet chercher le couscous chez lui.


La mère d’Akmet nous attend et nous confie un magnifique plat en grès ocre rempli de couscous. À notre retour, je remarque trois pâquerettes alignées sur mon bureau. Je suis émue et remercie Aimé du regard.


La table est dressée, décorée. Bravo les gars. Seule ombre au tableau, Vanessa et Jessica ont oublié les boissons. Comment cela… s’indignent les autres. Vous avez eu une semaine pour aller chercher des grandes bouteilles de Coca et de Fanta chez Aldi. Maintenant, on va boire quoi ?


C’est très simple, dit Rachid, elles n’ont qu’à descendre dans le couloir et aller en chercher au distributeur. Ça va nous coûter une fortune, s’inquiète Vanessa. Il fallait y penser avant. Quand on prend un engagement on s’y tient. Elles soupirent mais ne bougent pas. Akmet leur lance un regard assassin et leur montre la porte du doigt. Elles s’exécutent.


Le repas est délicieux, tous se régalent. Akmet est fier comme un sultan.
Didier, futur pâtissier, nous a cuit des galettes exquises pour le dessert. Aïcha nous a préparé un thé à la menthe selon la tradition. Divin !


Leila, belle comme une princesse des mille et une nuits dans sa djellaba bleue entonne des chants du Maghreb. Certains esquissent quelques pas de danse. On rit, on danse, on chante. Les élèves sont heureux, je suis agréablement surprise de leur implication. C’est magique !

 

 

Un pantoum est un poème malais de vingt vers, dont plusieurs se répètent.


MYSTÈRE  -  Nicole Spourquet


Quel est ce mystère que je tiens pour moi ?
Quelqu’un a une intuition ?
J’aime faire des connaissances.
Mais ma famille est sacrée pour moi.
Quelqu’un a une intuition ?
Mon chéri n’a plus de doute. Il sait la vérité. Je suis soulagée.
Mais ma famille est sacrée pour moi.

Mon chéri n’a plus de doute. Il sait la vérité. Je suis soulagée.
Je ressens beaucoup de joie et de plaisir.
Trois fois par semaine, ils prennent de mes nouvelles.
Une grande émotion.
Je ressens beaucoup de joie et de plaisir.

Une grande émotion.

Magnifiquement bien, super heureuse.
J’aime faire des connaissances.
Je peux écrire n’importe quoi.
Quel est ce mystère que je tiens pour moi ?

 

 

MISS TERRE, TERRE RIEUSE.  Murielle

 

Miss Terre !
J’écoute mon intuition.
La connaissance est là, dans ton magma, dans ta nature même.
L’instant est sacré, sucré salé.
J’écoute mon intuition.
Je m’aligne. Mes yeux fenêtres sur le monde, ouverts.
Je vibre. Je sens.
L’instant est sacré, sucré salé.
Je goûte. J’ai la grimace acidulée.
Je m’aligne. Mes yeux fenêtres sur le monde, ouverts.
Je vibre. Je sens.
Je frissonne devant tes forêts dévastées, ton ciel troué, tes eaux souillées.
Je goûte. J’ai la grimace acidulée.
Terre Mère saccagée, nous nous coupons l’herbe sous les pieds,
nous nous assoiffons, nous nous asphyxions.
Je frissonne devant tes forêts dévastées,
ton ciel troué, tes eaux souillées.
Je prends conscience de ma responsabilité,
je prends conscience de ta beauté.
Terre Mère saccagée,
nous nous coupons l’herbe sous les pieds,
nous nous assoiffons, nous nous asphyxions.
Nous ne sommes qu’un seul corps, toi et moi ;
qu’une seule âme, qu’un seul souffle.
Que nous faisons-nous ?
Je prends conscience de ma responsabilité,
je prends conscience de ta beauté.
La connaissance est là, dans ton magma, dans ta nature même.
Nous ne sommes qu’un seul corps, toi et moi ;
qu’une seule âme, qu’un seul souffle.
Que nous faisons-nous ?
Miss Terre !

 

 

L’ALBUM PHOTOS  -  Sylviane

 

 

 

 


Bonjour bibliothèque de mes souvenirs,
Quelle force de pouvoir porter mes albums photos, tes planches plient sous le poids du temps qui passe.
Debout devant toi, je regarde, je saisis un album, celui-ci m’inspire aujourd’hui.


Sa couverture est sombre, gris foncé, comme certains de mes souvenirs que tu protèges précieusement.


Voilà longtemps que je t’ai feuilleté, sorti de la bibliothèque. Je m’installe. Aussitôt mon esprit s’envole au pays des photos jaunies par le temps.


Je retrouve des portraits en noir et blanc de mes grands-parents, de la famille que j’ai connue et parfois disparue depuis longtemps. Oncles, tantes, cousins ont le plaisir de se rencontrer sur tes pages blanches et je partage agréablement avec eux une tranche de leur vie.


Je tourne les pages calmement, je regarde avec amour mes parents bébés, enfants, jeunes adultes, pendant la guerre 40-45, jeunes mariés. Oh ! Il me semble ressembler à maman, c’est vrai qu’elle aimait les œillets, son bouquet de mariée en comptait déjà.

 

Voilà que je pleure près de Saint-Nicolas, je dois en avoir peur !       

     
Mes sœurs et moi sommes là, de notre naissance à l’école primaire. À la distribution des prix de fin d’année nous recevions des livres, des dictionnaires pour nous féliciter de nos beaux résultats.


 

 

Maintenant des articles de presse attirent mon attention.

 

UN COUPLE DE MONTIGNIES-SUR-SAMBRE TUÉS DANS UN ACCIDENT DE ROULAGE.


Je suis aussi dans le journal, sur une photo aux côtés de mes parents partis bien trop tôt.


La voiture accidentée et même les photos de l’enterrement sont collées avec beaucoup de soin.
Ensuite arrive ma communion solennelle, les cartes reçues ce jour là. Je suis en aube blanche, je regarde l’objectif d’un air canaille.


D’ailleurs le photographe a exposé mon portrait dans sa vitrine


Je survole mon adolescence, mon mariage, la naissance de mes enfants.


Te voilà comblé et bien gonflé de tous ces bons et tristes moments, mon cher album. Les souvenirs ont continué de s’empiler dans une soixantaine d’albums.


Toi tu es le numéro zéro et pour moi tu es le plus riche en émotions. J’aime m’y recueillir, tu es mon journal intime en photos

 

 

LA BROUETTE MAUVE  -  Annette


La vieille brouette en bois d’un mauve délavé, s’était transformée en chariot.
Hop ! Nous sommes montées toutes les deux, Martine et moi sur le tas d’herbe, riant et nous bousculant.

L’odeur des herbes fraichement coupées embaume l’air chaud de l’été.

La roue grince sous le poids.
Pierre, le jardinier, sue à grosses gouttes sous le soleil.

Les robes légères se retroussent, les longs cheveux bouclés se mélangent. Il y en a des bras et des jambes !
Des prunes violettes gisent au sol.
Bientôt les confitures.

 

 

 

SOUVENIRS D’UNE PETITE FILLE D’HONNEUR.   Claire

 

 

Premier souvenir : mariage en Belgique.
Grandes fêtes, beaucoup de monde, de connaissances et amis. La fiesta !!!        

                      
La petite fille d’honneur est habillée d’une belle robe blanche en organza, chaussettes blanches, souliers blancs et un œillet blanc dans ses cheveux. Elle est accroupie sur une prairie pleine de marguerites blanches et derrière elle il y a les mariés. La fillette est une des petites filles d’honneur. Sa maman est la couturière de la mariée. Sa maman avait cousu la robe de la mariée et le jour du mariage elle est invitée pour apporter les dernières retouches.


La petite fille d’honneur a aussi participé à la réalisation de la robe de mariée et le jour venu elle aime tenir le voile et surtout ramasser les bonbons et les dragées. Parfois il y a par terre aussi de la petite monnaie, symbole de richesse et d’abondance.


 

 

La petite fille d’honneur est heureuse, ce sont des moments de bonheur. Elle aimait surtout avoir une belle robe et se sentir légère comme un papillon.

Deuxième souvenir : fiançailles en Italie.


Elle a 10 ans et sa mère est un des témoins du couple.
Le dimanche, une semaine avant le mariage, la belle mère offre à la future mariée une parure de bijoux : le collier, la bague, des boucles d’oreilles et un

 

bracelet. C’est pour officialiser la promesse de mariage. La fête se déroule chez la fiancée et les invités sont assis dans la grande salle à manger préparée pour l’occasion. Un serveur passe avec le café et des petits fours aux amandes enrobées de sucre glacé. Un délice. La fillette observe tout cela avec surprise et curiosité. Le souvenir qu’elle garde de cette journée est un de plus pittoresque.

 

Les invitées versaient leur café dans la sous-tasse, probablement pour le refroidir plus rapidementet le buvaient ainsi, tandis que la plupart des petits fours atterrissaient dans leurs sacs à main. Quel plaisir !!! 

 

 Troisième souvenir : mariage en Italie.


Sa maman l’a habillée à l’identique de sa sœur. Quelle originalité !Après la cérémonie religieuse et les photos traditionnelles tous les invités vont se restaurer. Surprise : de grands sandwiches et des pistolets fourrés les attendent. Quel repas !!! Du jamais vu !!! Une idée d’avant-garde. Mais la petite fille d’honneur ne s’intéresse pas au repas, elle est heureuse d’avoir cette fois-ci une belle robe et des souliers bleu comme le ciel d’Italie.

 

 

 

 

DE LUNE EN LUNE …..  Geneviève

 

De lune en lune, les rêves ont peuplé mes nuits de nuages magiques et de cortèges d’étoiles sans lesquelles la vie serait  moins douce.
Magie du peuple de la nuit : tous les possibles, tous les imaginaires, tous les miracles deviennent vraisemblables dans la douce torpeur du soir, au clair de la lune et nous envahissent d’un sentiment étrange et faussement tranquille.
Habitée de tous les rêves secrets, habitée de solitudes et d’espoirs infinis, l’inspiration surgit des nuits blanches et fécondes comme une source que le petit matin s’empresse souvent d’oublier.

 

 

PATAUD EST-IL À BORD ?  Michèle

 

 

 

 


Juillet 1981- Après 18 années passées sous le soleil de l’Equateur, ma vie à Kinshasa prend fin. J’allais découvrir la Belgique…

 

Depuis des semaines, mon chien Pataud voit et ressent beaucoup d’effervescence dans notre appartement. Des chambres se vident, des tris se font…

 

Des valises et des malles se remplissent. Un mélange d’excitation et de nostalgie envahit la famille et le lieu. Une énorme cage trône au milieu du salon. Pataud doit se familiariser avec son « habitat » de transport. J’essaie de l’y habituer. Je le rassure, lui parle, le prends dans mes bras, le caresse, je me couche même à ses côtés dans la cage.


2 juillet, 20h30. Tout est prêt. Des amis nous emmènent à l’aéroport de la Ndjili.


Je garde bien Pataud en laisse près de moi et ne le lâcherai qu’au moment de la séparation pour le voyage. Il partira dans la soute…


Il est l’heure, les passagers sont appelés à monter dans l’avion. Nous avançons sur le tarmac et soudain… Un chien court dans tous les sens. Il semble perdu. Tout de suite, nous réagissons, nous l’appelons… C’est Pataud ! Rassuré par notre voix, il vient à notre rencontre.


Mais, dis-je en tremblant, que s’est-il passé ? La cage est bien dans la soute. Comment se fait-il que Pataud se soit échappé ? Aucune réponse ne sera apportée à mon désarroi.

 

Nous le remettons soigneusement dans sa cage. Je lui fais encore un câlin et nous embarquons dans le DC 10 Air Zaïre.


Nous décollons. Une nouvelle vie nous attend !


Durant tout le vol, l’angoisse m’envahit, je serre très fort contre mon cœur, la balle et la laisse de mon chien. Je prie : Seigneur, s’il vous plaît, faites qu’il soit bien dans sa cage, dans le même avion que moi. Seigneur, s’il vous plaît, protégez –le. Huit heures s’écoulent. Ai-je pu trouver le sommeil ? Je me suis peut-être un peu assoupie en égrenant mon chapelet.


3 juillet, 7 heures du matin, une hôtesse de l’air nous demande de bien attacher notre ceinture car nous commençons la descente vers Zaventem. Après avoir applaudi le commandant de bord pour son superbe atterrissage, le moment est venu de retrouver Pataud.

 

Nous réceptionnons nos nombreux bagages… Mais… Pas de cage ! Où est-il ? …

 


IL Y A DES MONSTRES…     Nicole Spourquet

 

Dans mon entourage,
Vivent des monstres gentils.
Ils sont remplis de courage.
C’est mon ressenti.
J’admire ces petits démons.
Par monts et par vaux, ils vont.
Ils sont très bons et sont dans le coup.
Je les aime beaucoup.
Ils me font rire
Et je les regarde avec plaisir.
Ils sont dans mon cœur
Et avec eux parfois je pleure.

 

 

 

IL Y A DES MONSTRES…  Janie LORIAU

 

 

Il y a des monstres qui nous assaillent,
Qui nous prennent par la gorge,
Qui nous font râler, qui nous font pleurer.
Les miens, ce sont mes souvenirs tristes,
Ceux de mon enfance et de ma naïveté perdue,
Ceux de ma jeunesse et de ma beauté perdue,
Ceux du présent et de mon avenir incertain.
La journée, je peux les dominer,
Je peux en sortir vainqueur.
Mais au réveil, ils sont là,
Plus virulents que jamais.
Ma mère n’est plus là pour me consoler,
Pour me dire : N’aie pas peur. 
Mes enfants sont loin et trop occupés,
Mon mari ne peut guère m’aider.
Et le monde me semble si triste…
Cette solitude du confinement m’englue,
Dans l’incertitude du lendemain.
Monstres, partez, cachez-vous,
Laissez fleurir les rosiers,
Ceux de l’amour et de la fraternité.
Que la paix soit sur mon chemin. 

 

 

 

AGADIR 2017  -  An de Bavon


La nuit est tombée, Marie au volant de notre Kangoo brune suit un taxi orange le long de la côte. Cent mètres plus loin, un policier nous fait signe de stopper le véhicule. Marie ouvre la vitre. Le policier lui demande si elle n’a pas vu le panneau d’interdiction. Marie lui répond qu’elle n’a rien vu puisqu’il fait noir et qu’elle a simplement suivi le taxi.


Justement dit le policier il n’y a que les taxis qui peuvent emprunter cette route. Papiers du véhicule svp.
Je lui tends la pochette trouvée dans la boîte à gants.
Le policier passe la tête à l’intérieur du véhicule et demande aux quatre femmes : Qui est Aïcha ? À qui est cette voiture ?


À Aïcha qui habite à la villa Samacha à Tamaraght.
La situation se corse : Chantal, la propriétaire de la villa et de la Kangoo est en Belgique.
Chantal a mis sa voiture au nom d’Aïcha, sa femme de ménage, afin de payer moins de taxes.  Pour le moment, Aïcha est partie en France avec son mari.

 

La carte grise svp.

 

 

Je cherche partout, pas de carte grise. (Ne pas avoir de carte grise au Maroc est une infraction grave, passible de prison.)


Garez-vous sur le côté. Passeport s.v.p.
Marie dénude son épaule en lui montrant la bretelle de son maillot.


- Vous voyez-bien que je suis en maillot.  Je ne vais pas nager avec mes papiers. D’ailleurs si vous continuer comme ça, je vais me plaindre au consul de Belgique qui est un ami.


- Deux minutes, je vais consulter mon chef.


Marie le suit. Le chef lui demande : Alors, comme ça on est une amie du consul de Belgique ?
Oui, répond Marie en se fâchant, vous voulez que je l’appelle ?


C’est bon pour cette fois, vous pouvez aller…


De retour dans la voiture, nous félicitons Marie pour son aplomb.  Elle ne connaît pas le consul.

 

 

BONHEUR RETROUVÉ.  Geneviève

 


Me revient en mémoire ce superbe roman intitulé « Le mur de verre » et tout  comme dans cette fascinante histoire, je vois une chape tombée sur nos maisons, un mur invisible nous séparant du reste du monde. Pendant quelque temps, nous devrons vivre séparés des autres, tandis que dehors, tout est devenu silence et tranquillité, laissant seulement entendre les gammes printanières des oiseaux.


Nous voguions à bord d’un carrousel qui s’emballait, s’emballait et nous nous étions laissés enivrer paresseusement par sa musique charmeuse, anesthésiés par cette valse à mille temps qui, nous le pressentions bien, ne nous menait plus qu’au désastre.


Et ce maudit carrousel arrêté, nous voilà forcés par un destin que nous n’avions pas prévu, nous voici face à nous-mêmes, à notre vie, sans plus aucun artifice facile ou trompeur.


Nous devrons dorénavant nous contenter de l’essentiel pour vivre. Et cela nous allège d’un poids  inutile, ce poids que nous trimballions malgré nous pour de multiples raisons. Et nous voilà en chemin pour retrouver l’essentiel, éliminer tout ce superflu éreintant. Nous réapprendrons la sobriété.


Et en même temps, les aiguilles de l’horloge ayant soudainement ralenti leur course, nous pouvons  goûter, par petites doses, sans culpabilité, notre présence au monde.


Nous redécouvrons combine, malgré une situation terrible, la vie est belle et généreuse, combien la nature peut nous combler, combien les êtres qui nous décevaient hier sont capables de générosité.


L’espoir est de retour.


J’entends les rires des enfants dans le jardin voisin, je regarde mon petit chat qui joue, je vois le printemps qui commence à fleurir, je sens la chaleur d‘un rayon de soleil, je m ‘évade dans une lecture passionnante :  la joie est immanquablement au rendez-vous et notre vie a pris de la valeur à nos propres yeux.

 

Nous pouvons ainsi redécouvrir le sentiment de l’existence, ce sentiment de plénitude dont parlait Jean-Jacques Rousseau dans ses rêveries. Redécouvrir le plaisir d’exister !

 


Puissions-nous réaliser que c’est ce sentiment-là qui est le vrai bonheur profond et durable, le seul qui puisse véritablement combler notre besoin de consolation face à la vie.


 

HOMMAGE À GEORGES, PETIT FRÈRE PARTI TROP TÔT… 1908-1917  - Brigitte

 

 

 

  


Petit Georges, aujourd’hui, je te fais parler, je n’ai pas entendu beaucoup d’histoire à ton propos, tu es resté dans le silence, enfermé dans la souffrance de ceux qui t’aimaient.


J’aime tant ma grande sœur, Aline, elle me protège, sa main entoure mon épaule, quand elle me tient comme ça, rien ne peut m’arriver. Je préfère quand elle sourit, quand elle est trop sérieuse, ça me fait peur.



J’aime ses longs cheveux soyeux. Pour la photo, maman lui a fait des anglaises, je sens ses boucles toutes douces sur ma joue.

Sur la photo, vois mon regard complice, je suis une canaille, j’aime faire des farces, me cacher pour qu’on me cherche. Je me déguise, je joue au soldat même si je n’aime pas la guerre. Mon papa est parti au front, il me manque et je n’aime pas voir maman triste ou ma sœur soucieuse.


J’aimerais voir maman sourire au lieu de nous trainer Aline et moi chaque jour à la gare espérant parmi la foule de soldats repérer papa pour enfin le retrouver.

 

Je n’aime pas entendre maman tousser, elle a la maladie du poumon et quand sa toux devient caverneuse, ça me fait peur, on dirait un vieux chien enroué qui aboie. Je voudrais tant qu’elle guérisse vite.


J’aime ma famille qui me le rend si bien, j’ai le sentiment d’être un rayon de soleil pour les miens, ils me protègent et rient avec moi de mes plaisanteries, moins depuis que c’est la guerre.


C’est peut-être pour ça que ma sœur est si sérieuse et ma maman malade.


J’aime la vie, même si on n’a pas assez à manger et que l’on a peur tout le temps. Plus tard, je voudrais être pompier pour sauver les vies des autres.
Petit Georges n’a pas eu le temps de vivre, il est mort de la diphtérie à 9 ans, sa maman est morte de la tuberculose et son père n’est jamais revenu de la guerre… Et Aline ?

 

 

RETOUR D'INDE.  An de Bavon

 

 

Deux heures du matin, après trois heures de retard, nous embarquons enfin pour Bruxelles. Une fois assis dans l’avion, moteurs allumés, l’avion reste cloué au sol à cause du brouillard opaque. Une heure, deux heures, rien ne bouge. Mes pieds ont doublé de volume, ceux de Godelieve aussi.


Une hôtesse nous invite à débarquer vers quatre heures car le brouillard persiste. Nous nous entassons dans un bus pour un hôtel situé à quarante minutes de l’aéroport.
Il n’aurait pas pu trouver un hôtel plus proche, souligne le notaire de Rhode-St-Genèse.


Monsieur Hautlieux nous conseille de dormir habillés au cas où le vol serait imminent. Nous nous jetons sur les lits, éreintées.

 

Six heures, le téléphone sonne. On se lève dans un état second. On reprend le bus, on réembarque. Le brouillard s’est levé. À ma gauche dans l’avion, Vinciane prend un prozac, place un bandeau sur ses yeux et s’endort. À ma gauche, Godelieve déclare qu’elle n’est pas bien. Elle ajoute qu’après le décollage, elle ira se coucher à l’arrière de l’appareil.

Ne la voyant pas revenir, je vais à sa recherche. Je la trouve, allongée de tout son long dans le couloir. Une hôtesse est penchée au-dessus d’elle et lui demande : Ça ne va pas Madame, voulez-vous que j’appelle un médecin ?

 

Je suis médecin lui répond faiblement Godelieve.


Vous n’êtes pas en état de vous soigner vous-même.
L’hôtesse demande au micro : Y-a-t-il un médecin dans l’avion ?


Une douzaine de médecins pour la plupart de notre groupe se penchent sur le cas de Godelieve. L’hôtesse leur dit qu’un seul suffira car tout ce monde bouche l’accès aux toilettes. Le docteur Calman fait une piqûre à Godelieve et l’aide à s’asseoir sur un siège inoccupé.

 

Sur ces entrefaites, Vinciane apparaît, hirsute, le bandeau sur le front. Elle demande à Godelieve : Tu n’es pas bien, tu veux un prozac ? Godelieve, assommée par la piqûre ne parvient pas à articuler un mot mais son regard en dit long. Vinciane retourne sur son siège et se rendort. Je la suis.

 

Je ris toute seule en me remémorant le chêne déraciné et le roseau qui plie mais ne rompt pas dans la fable de Jean de Lafontaine.

 

 

 

UNE BELLE REMORQUE.  Janie Loriau


C’est l’été. Je regarde dehors, les vignes ont poussé et le soleil fait miroiter les gouttelettes de rosée sur les feuilles des ceps tordus. Les nuages se tassent à l’horizon en un amas laiteux. Un coin de ciel reste bleu. Le soleil pointe son nez. L’air est doux et je ressens la joie des oiseaux dans ma chère campagne. Je rêvasse…


- Allons, Yves, agis, ne rêve pas…
Je prends ma tablette.


- Tiens, une chouette remorque à un prix dérisoire. N’en parlons pas à Béatrice, elle trouverait que c’est inutile. Je commande et je vire. 
Le temps passe et a passé. Toujours rien ! Voilà dix jours et pas de réponse. Nous sommes assis à la table familiale avec Laurence et sa tribu ainsi que Frédéric et ses enfants.
On sonne à la porte. C’est Aurélien, notre gentil facteur, toujours souriant et guilleret.


- Un colis pour vous !
Il me donne une boîte de petite dimension. Je m’inquiète. J’essaie vainement de me rappeler mes derniers achats en ligne.
- Allez, Papa, ouvre la boîte, ce n’est pas celle de Pandore !


Laurence a de l’esprit.
- D’accord.


Je déchire l’emballage. Et stupéfaction, c’est la remorque mais pas celle que j’imaginais ! Béatrice a compris, elle éclate de rire.
- Je parie que tu attendais une vraie remorque à accrocher à ta voiture !
Ils sont tous là, en train de s’esclaffer… C’est trop comique.
Moi aussi, je me mets à rire.
La remorque fera un beau jouet pour le petit Alexandre.

 

 

 

PÈLERINAGE À LOURDES  -  Michèle

 

Feuilletant un album souvenir, mes yeux se fixent …  Lourdes, 1969. Je me sens projetée cinquante années en arrière, j’ai six ans…
Toute la famille est présente. Perplexe devant cette scène, nul souvenir n’émerge… Alors, je laisse vagabonder mon imagination vers un scénario burlesque au goût d’un déjà « vécu ». 


Mon père, caché derrière l’objectif, pense… : Ah ! J'aime montrer qu’en tant que bon berger, j'emmène mes brebis sur le chemin de la Foi ! Il me semble ouïr ma mère: « Restez devant moi, les enfants, soyez sages et tenez bien votre cierge jusqu'à la Grotte ! »

 

Je me rappelle très bien de ses lunettes de soleil… Souvent, en cachette, je m’amusais à les porter et le miroir reflétait une petite fille coquette. Oh ! Sur le visage et dans le regard de ma grand-mère, s’y lit parfaitement, son caractère hargneux et aigri. Que pense-t-elle ? Répète-t-elle le Notre Père ou l’Ave Maria ?


Je cherche en vain la joie sur tous ces visages… Un léger sourire semble pourtant éclairer le mien… Est-ce pour la photo ou par fierté de porter ce magnifique cierge ?


Culottes brunes, tee-shirts et chaussettes blanches, chaussures marrons à lacets… Déguisement, mode ou absurdité ? Beaucoup de questions fusent dans ma tête….


Ne dirait-on pas le cliché de la famille catholique parfaite des années 60, immortalisé par le Nikon du patriarche ? Les deux filles d’un côté, les deux garçons de l’autre, portant tous les quatre, un présent à l’Immaculée Conception. La « mama » derrière, fière de sa progéniture et la matriarche à ses côtés.


On se croirait en plein scénario… Tout a été planifié. Tout le monde est bien à sa place, pour ce pieux défilé.
Lourdes - Plateau de tournage… « Tout le monde en place ! Scène 69 ! »… Pèlerinage à Lourdes….

 

 

 


Une initiative de l’Échevinat de la Culture de Sombreffe

Avec le soutien de Jonathan Burtaux, Échevin de la Culture
de Laurette Henne, Échevine de la cohésion sociale
et son équipe, Florence Argentin et Cathy Taels
Editeur responsable : Le Collège communal de SOMBREFFE (5140)

 

       Académie de Sombreffe – 26, Rue Gustave Fiévet