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ATELIER D'ECRITURE 2009-2010

 

 

Encore plus de textes sélectionnés :
 
I. L'enfance
II. Le changement
III. Fête- Amitié
IV. Et moi
V. Evasion

 

Suivre le fil de son inspiration et libérer tout ce qui est enfoui en nous.

 

Martine Eleonor

 

I. ENFANCE

 

L’ÉVACUATION

 

L'exode

 

Départ de Charleroi (le lundi 13 mai 1940) pour Sombreffe, Maman, mes frères Pierre, Paul et moi. Les militaires français sont installés dans la cour de la ferme chez mes grands parents, Parrain et Bobonne.  On prépare les affaires à mettre dans le grand chariot.   Nous voyageons toute la nuit par des chemins de campagne.

 

Arrivée à Nivelles le lendemain matin.  Il y avait eu un bombardement et la collégiale était en feu. Parrain en a vu assez, il aimerait rentrer à Sombreffe mais maman désire que l’on continue.  Pierre veut  aller en France.  Maman trait les vaches dans les champs qui longent la route.  Il faut trouver un endroit pour faire reposer les chevaux et les nourrir.  Nous devons manger.  Nous logeons dans une ferme à Chièvres. Maman fait du café, puis nous nous couchons par terre dans la cuisine.

 

Le lendemain, tôt le matin, nous reprenons la route car les Allemands nous suivent.  Un bac à bière, pendu en dessous du chariot, sert pour mettre les bouteilles d’eau, de café et de lait.
Nous sommes comme des Bohémiens sur les routes.  Dans la soirée, nous arrivons à Soignies.  La nuit, la gare flambe et nous nous réfugions dans la cave d’une ferme.


Le lendemain, départ pour la France, Jeanne et Léon (de la ferme) nous accompagnent avec leurs vélos. Bobonne est sur un banc dans le chariot avec le papa de Léon et deux vieilles cousines ainsi que maman et Paul.  Pierre et moi marchons sur le côté de la route.  Il fait très chaud ; mon petit frère Paul fait la rougeole mais nous n’avons pas le temps ni le moyen de le soigner, c’est le soleil qui le guérit.

 

Nous rencontrons d’autres chariots qui se dirigent dans la même direction que nous. Des avions allemands mitraillent et nous nous sauvons dans les fossés. Parrain s’occupe de calmer les chevaux car ils ont peur du bruit des avions.

Un après-midi, nous trouvant dans les campagnes aux environs d’Ecaussines, un petit groupe de militaires français nous rejoint à pied et à ce moment nous entendons des avions allemands.


Le commandant crie : « Tous dans le fossé » ce que nous faisons, mais Pierre monte sur les terres et se couche de tout son long.  On entend quelques coups de feu dans le lointain.  Quand tout est fini, un soldat me demande si je n’ai pas soif, je dis : « oui », il me donne sa gourde, c’était du vin, miam, c’était bon.  Pendant ce temps, Parrain crie : « Allez Pierre, c’est fini, viens, nous partons ».  Pierre ne bouge pas.  Nous avons peur.  Un soldat monte près de lui pour voir ce qui se passe.  Ce n’est rien, Pierre ronfle, il est tout simplement endormi.

 

Notre convoi se compose de Parrain (grand-père), Bobonne, Maman, Pierre, Paul et moi.  Les deux vieilles

 

cousines qui nous accompagnent s’appellent Palmyre et Marie-Joseph. A partir de Soignies, nous avons trois personnes de plus, Jeanne, Léon et le papa de Léon qui, lorsqu’on s’arrête, va dans le fossé avec une boîte à

chaussures dans les mains, « Cueillir de l’herbe pour ses lapins » qu’il dit.


Dans les prairies et les champs, nous voyons des troupeaux de chevaux en liberté qui courent et galopent et des vaches mortes faute de n’avoir pas été traites. Nos deux chevaux ont pour nom, Bella et Burton.  Pour reposer les chevaux, les faire boire et manger, nous devons nous arrêter plusieurs fois dans la journée.


Nous allons nous débarbouiller et boire aux fontaines, et nous nous soulageons derrière un arbre ou un mur.
Dans les villages où nous passons, des personnes nous font entrer chez elles un moment.


Un matin … Alerte … Avions… des gens nous font  entrer chez eux mais les vieilles personnes restent dans le chariot et mettent une grande toile cirée (qui servait de nappe à la maison) sur la tête, elles ont l’impression que rien ne peut leur arriver de mal.

 

A la fin de l’alerte, je sors sur le chemin et que vois-je ?  Jeanne et Léon dans le fossé sous un grand parapluie ouvert.  Je n’ai pas pu m’empêcher de rire en les voyant car eux aussi, sous le parapluie, ont l’air de se cacher la tête comme des autruches.

 

Nous reprenons la route en nous dirigeant vers Péruwelz – Bonsecours.  Que de chariots arrivant d’autres régions et allant tous vers la France !  On doit attendre son tour pour avancer aux croisements des routes. Plus tard, cela me rappellera le film : « Jeux interdits » quand la petite fille se retrouve seule sur la route après la mort de sa maman.

Nous rencontrons deux femmes à pied avec deux petits enfants dans une grande manne. Maman fait monter les enfants dans le chariot mais cela n’a pas duré car ils veulent retourner dans la manne.

 

Le soir, nous sommes arrêtés à la frontière.  Les ponts sur les rivières sautent après notre passage.  Nous dormons dans une maison toute délabrée, parrain se relaye avec Léon pour garder les chevaux et le chariot.


Tôt le lendemain matin, nous prenons le chemin jusqu’à Vieux-Condé.  A partir de ce village, impossible de continuer, les ponts sautent devant nous.  Cela veut dire que les Allemands nous rejoignent.

 

Nous prenons le parti de rester à cet endroit. Nous entrons dans une maison qui vient d’être abandonnée par ses habitants. 

Jeanne et maman attrapent une poule et la tuent, cousine Marie prépare un bouillon en prenant quelques légumes du jardin, met la poule à cuire dans la soupe.  Nous épluchons des pommes de terre trouvées dans la cuisine et nous mangeons enfin quelque chose de bon et de bien chaud.
Pendant ce temps, les chevaux sont au repos.  Cousin Eugène s’est renseigné auprès des villageois pour savoir s’il reste un endroit où un pont n’ a pas sauté car il ne nous est plus possible d’aller plus loin, nous devons rentrer chez nous. Nous reprenons nos places dans le chariot et retournons par Blaton où nous apercevons des prisonniers belges dans une maison

On rencontre des militaires habillés en « vert de gris ».  Maman nous dit : « Ce sont les Allemands ».  Mon grand-père leur fait signe de la main.  Maman, au bout d’un moment, lui dit : « Tu fais signe aux Allemands, toi ».  Il répond : « Oh !  Je croyais que c’étaient des Américains, ils n’ont pas leur casque à pointe ».  (En souvenir de la guerre 14-18).


Plus loin, nous apprenons qu’un pont détruit est réparé par les Allemands mais que nous ne devons pas traîner car ils vont le démonter, c’est près d’Hennuyères.  Nous arrivons à temps, ils commencent à le démonter.  Ce pont provisoire est fait avec des petites barques mises les unes contre les autres puis un plancher posé dessus.  Parrain voit cela, il n’est pas tranquille à cause des chevaux.  Un soldat allemand lui fait signe qu’il peut passer.  Parrain claque un bon coup de fouet pour que les chevaux se dépêchent à passer.  Pendant ce temps, les vieilles bobonnes disent leurs prières dans le chariot.  Pierre et moi suivons à pied sur un sol qui bouge.

Le soir, nous faisons halte à Soignies, chez Jeanne et Léon où nous  passons la journée du lendemain, les chevaux bien au repos dans la prairie. En fin d’après-midi, deux soldats allemands passent et voient les chevaux, l’un d’eux dit à parrain : « Bel cheval, bon pour armée allemande » en regardant Bella.  Parrain n’est pas tranquille.
Nous allons nous coucher et vers quatre heures du matin, branlebas de combat, tous prêts pour le départ vers Sombreffe (à cause des soldats vus le soir).
Je ne me souviens plus très bien du retour mais ce qui me revient en mémoire c’est qu’arrivé à l’entrée de Sombreffe, Bella hennit de plaisir et hume l’air.  Elle se retrouve dans ses campagnes.

Nous sommes très heureux d’être rentrés en bon port, après ces neuf jours d’errance, tous en bonne santé et sans une égratignure.

 

Marie-Thérèse Mayenez - Octobre 2009

 

II. CHANGEMENTS

 

 
DEPUIS QUE J'AI PERDU...

 

Depuis que j'ai perdu  ma carte d'identité, je cours après une adresse.
J'ai voulu la ramasser avant qu'elle ne se dilue dans cette flaque d'eau croupie.
Trop tard, les caractères s'étaient dissous : plus de nom, plus d'adresse.
Plus la fille de tel… La mère de ... L’épouse de...
Profession : sans.


J'ai remué l'eau, l’ai goutée.
Goût de larmes, mes larmes.
Un voisin déclare : c'est la vie ! 
Je suis en colère.
Quoi ? Mon fils meurt, c'est la vie ! 
Ma mère meurt, c'est la vie ! 



Je débarque comme une furie à la gare, happe une amie :
Mon mari épouse sa maîtresse, c'est la vie !

 

Je suis hystérique.
Plus d'emploi:  madame, vous avez besoin de vous reposer, c'est la vie !
La maladie, c’est la vie ! 
Je te laisse la maison, les enfants, les factures... C’est la vie ! 
Je me décompose, je n'avais jamais réalisé à quel point nous sommes constitués d'identités multiples.
Je suis ce que je perds.
J'étais ce que j'ai perdu.
Il va falloir décider si je suis handicapée de tout.

 

 

Patricia Delefortery

 

SILENCE

 

La voiture est dans le parking de la résidence.
Au guichet, une femme au regard perdu et aux cheveux blonds gris. Elle essaye de sortir.

-Vous cherchez? me demande–t–elle. Apeurée.
-Je suis à la résidence ?
-Oui, oui, entrez. Elle m'ouvre le portail.


Je suis l'allée en graviers entourée des buissons.
Je cherche quelqu'un pour me renseigner.
L'infirmier m'indique la chambre – mais celle que je cherche n'est pas là.

J'observe la chambre, il y a un meuble de chez elle, un portrait de sa petite fille, et accrochée à la penderie, une robe cousue par elle-même.

Je continue à la chercher. L'infirmier me conduit dans un grand salon.
Tout est propre, très propre, aseptisé, les rideaux sont tirés et un soleil endormi se pointe.
Une musique de fond couvre le silence des femmes.
Enfin, je la vois, elle me regarde: mais que regarde-t-elle

vraiment?
Je ne le saurai jamais.
Silence. Je lui souhaite le bonjour.
Elle me regarde, elle me reconnait, elle est heureuse de me voir.
Je lui donne des biscuits aux amandes d'Italie.
Elle me sourit. Silence, encore silence.
Je lui demande si elle va bien.
Elle va bien. Silence.
Je lui demande de me raconter quelque chose…
Oh! C'est moi qui dois lui raconter, parce que moi je viens de l'extérieur, moi j'ai de choses à raconter et pas elle qui est enfermée.
Elle ne sait pas quoi dire: elle n'a plus de conversation.
Silence. Silence. Je reste.
Je me lève et l'embrasse.
Je lui dis au revoir. Silence. 
Je pars. Je sors en silence. Silence!

 

 

III. FÊTE ET AMITIÉ

 

 

MON AMIE IDEALE


Elle a mon âge.  Elle me téléphone une fois par semaine.  Elle a toujours les mêmes idées que moi sur certaines choses, sur le mode de vie.


C’est bien compliqué d’avoir une amie idéale. Nos maris respectifs ne s’entendent pas.
Bien souvent, nous nous rencontrons sans nos hommes car ils n’aiment pas nos discussions.


Il me semble qu’avoir une amie était bien plus facile durant l’enfance ou l’adolescence ; maintenant il faut se plier aux exigences de la vie familiale, au travail et au quotidien.


L’amie idéale est une personne très rare.  J’ai des connaissances avec qui j’entretiens des liens amicaux mais la véritable amie existe-t-elle vraiment, je me le demande.


Mon meilleur ami, c’est mon mari.


Nicole SPOURQUET
Le 12 janvier 2010.

 

 

IV. ET MOI

 

LE DÉ

 

 

Je vais vous raconter l’histoire d’un petit objet sans valeur, insignifiant à première vue, pas très décoratif car très petit, mais pour moi il est très important.  Il m’accompagne depuis septante ans.

Je l’ai reçu lors d’une Saint-Nicolas donnée pour les enfants d’ouvriers de la flaconnerie située en face de chez moi.  J’étais invitée à la fête qui consistait en un goûter de brioches et cacao, puis Saint-Nicolas apparaissait sous les applaudissements et offrait à chaque enfant un petit sac contenant des bonbons. 

Les garçons recevaient des billes, les filles un nécessaire de couture contenant un tube en métal doré pour mettre les aiguilles, celui-ci chapeauté du fameux objet, un petit dé rouge.  Il était trop grand pour moi, je n’avais que huit ans, les doigts bien trop fins.


Vers quinze ans, j’ai commencé à coudre, stimulée par ma grand-mère et ma mère, toutes deux tailleuses de métier.  Alors mon dé a commencé à travailler.  Je ne saurais dire combien d’heures nous avons passées ensemble depuis la robe de bébé, de jeune fille, robe de bal, robe de mariée, toujours unis l’un à l’autre.


Je travaillais souvent très tard après le coucher de mes deux enfants pour terminer l’ouvrage promis.
La couture m’a apporté beaucoup de satisfactions.

 

 

Yvette Gosselin/Octobre 2009

 

V. ÉVASION

 

 
WEEK-END EN CARRIOLE

 

Depuis que je le connais, Guy a toujours été attiré par les chevaux : les gros, lourds, mais majestueux chevaux de trait.


Dans un magazine mon attention est attirée par un reportage sur les vacances insolites. Je note l’adresse: on ne sait jamais.
Pour les soixante ans de Guy les enfants décident de lui faire une surprise, d’inviter ses frères et sœurs. Pas de cadeaux mais une enveloppe qui lui permettra de réaliser un rêve: conduire un cheval.


Superbe weekend de septembre. Nous partons tôt vers le gite. Après un tour d’écolage aux environs, nous voici lancés dans l'aventure. Le cheval s'appelle Glaïeul, un imposant percheron qui tire une carriole bâchée avec tout le nécessaire de camping à bord. Une carte de la région, un gsm, des provisions et nous voila partis.

 

 


 


Heureusement que le cheval connait son chemin car les cartes et nous !...Nous trottinons sous les arbres… couleurs et senteurs d'automne. La traversée d'une route nationale nous cause quelques frayeurs car il faut s'insérer entre les voitures.

 

Le soir arrive : installation au bord du lac de Virelles. Nous dételons le cheval qui ira rejoindre en prairie une vache Galloway, toute frisée. La propriété est fermée aux visiteurs.... donc nous ne pouvons pas sortir: solitude totale.

 

La toilette est sommaire car nous ne disposons que d'un bassin que je dépose sur la banquette, à la place du conducteur. Guy rentre d'exploration disant : ah ça fait du bien de s'asseoir, et .... plouf assis dans la cuvette d'eau froide.

 

La nuit nous entendons les bruits d'animaux que la solitude amplifie; la carriole étant bâchée, j’imagine qu'un malfaiteur se manifeste...

 

Au petit matin on verra qu'un castor a rongé un petit arbre qui est tombé, que les bébés cygnes ont quitté le nid et qu'il a régné une intense activité toute la nuit.


Nous attelons le cheval et...surprise: nos enfants et petits-enfants sont là! Les petits montent à bord et les grands s'essayent à la conduite. Moment de frayeur quand le cheval refuse de monter une côte. Il dérape, les petits ont peur et se cachent sous la table.

 

Retour par les petits chemins et pas moyen de dévier Glaïeul de sa route.
Glaïeul et sa carriole sont entrés dans les légendes de notre famille.

 

Grany