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Série de textes sur le thème du :

PASSAGE DANS LE TEMPS

 

L'ENFANCE

 

2009-2010

 

 
JE M'APPELLE PATRICIA
 

Patricia c'est le nom de la sœur de mon père. Mon père avait une sœur qui s'appelait Patricia. En fait, elle n'existe pas. Pendant de nombreuses années – mes parents se sont rencontrés à 13 ans- Claude a fait croire à Renée qu'il avait une sœur : Patricia. Elle n'était jamais là : tantôt en pension, tantôt en vacances ou en sanatorium. Ce n'est que la veille de son mariage que ma mère a su qu'il l'avait inventée. Et voilà, je porte le nom de la sœur de mon père qui n'existe pas. Lorsque mon fils est né, nous étions sûrs que ce serait une fille. Elle s'appellerait Maud. Aucun doute. Aucun nom de garçon.


Sur ses papiers à l’hôpital, il se nomme « bébé masculin ». Pas de prénom. Nom de famille : le mien. Quelques jours plus tard, son père me propose de lui donner son pseudonyme « Yonnick. » Yonnick, pseudonyme d'artiste peintre. Peintures que je n'ai jamais vues. Artiste peintre  imaginaire ??? « Yonnick », pseudonyme de Daniel....qui n'existe pas.

 

Patricia Delefortery/ 2009

 

 

LE GROS LOT

 

Dans le fond du jardin, il y a le « coin aux quatre bûches » : une trouée dans les buissons, un sapin géant pour faire de l'ombre, quatre buches en décomposition, odeur de moisi, odeur de mystère...
C'est là notre lieu de réunions, c’est à cet endroit que mon premier amoureux a été sacré chevalier.
L'épée sur l'épaule droite, sur l'épaule gauche et puis sur la tête.... j'ai refusé le baiser, peur de tomber enceinte.
-Les enfants, venez manger!
-Descends ton pull plus bas, dit Stéphane, on va tout voir.
-Ça va, ça va, on ne voit rien.
-Moi, je vais le dire.
-Tais-toi Chantal, si tu le dis elle va encore les tuer!
Nous voilà à table. Je tire sur mon pull et adopte une attitude exemplaire: je mange tout, je bois  tout, merci à tout pour ne pas me faire remarquer.
Dominique, l’aîné, le sage, s’approvisionne discrètement en lait qu'il vide dans un récipient caché dans sa poche.
Stéphane ne peut s'empêcher de tirer sur ma longue queue de cheval.

 

Stéphane, c’est mon frère préféré, je lui ai tellement tiré les oreilles qu'elles se décollent. Je foudroie ma sœur du regard: -tais-toi ! 
Maman va et vient de la cuisine à la salle à manger. Nous, nous conspirons.
Catastrophe! Mon pull se met à bouger et cinq chatons s'évadent le long de mes cuisses.
-Non, Maman, ne les tue pas!
On s'en occupera.


Les chatons de Câline. La première fois, on les a gardés : trop de chats dans la maison !
La seconde fois, Maman les a tués : trop de bouches à nourrir !
La troisième fois, Câline, la maligne, en a déposé un devant chaque porte des voisins :
-Trop mignon, ce chaton, on va l'adopter ! 

Et cette fois, que va-t-il advenir des petits monstres qui s'évadent de dessous mon pull ?
-J'ai une idée, dit Maman, on les donnera à la tombola de l'école

 

Patricia Delefortery

 

 

MON PRÉNOM

 

Marie = goutte d’eau
Thérèse = femme de l’île de Théra

J’ai reçu comme prénom Marie-Thérèse.  C’est un prénom qui me plait bien.  Maman étant très croyante désirait de que je porte le nom de la Vierge Marie et ayant une dévotion spéciale à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, j’ai reçu Thérèse comme deuxième prénom.

Certaines filles m’ont appelée Maïté – Mathé ou Thésou, cela me faisait sourire.

 

Après les examens d’art dramatique, nous repassions au café du coin, avec le professeur, pour boire une « petite » bière et mon prof m’appelait « Mathé Altérée » !  Il y avait à ce moment là une cantatrice que l’on appelait « Mathé Altéry ».

Quand j’ai fait du théâtre, étant encore élève, nous devions prendre un autre nom que le nôtre, j’’ai pris celui de « Mary May », mais j’aime toujours mon vrai prénom.

 

MON NOM DE FAMILLE

 

Mayenez … quel drôle de nom.  D’où vient-il ?  Quand j’étais plus jeune, on disait « Mayonnaise » Cela ne me plaisait pas beaucoup mais je ne disais rien.
Mon frère Paul, on l’appelait « Maillot ».  Un jour, un ami de Papa lui a dit en le désignant : « Tu es un Maillet né ! »
J’ai enseigné la musique à l’Institut Saint Vincent à Soignies.

 

A mon arrivée, le directeur m’a présentée aux élèves de la classe en disant : « Je vous présente Mademoiselle Mayenez. » Aussitôt, tout bas, j’ai entendu des élèves dire : « Mayonnaise, mayonnaise".


Etant en classe, j’ai écrit mon nom au tableau puis je me suis retournée vers les élèves et leur ai dit : « Ne me cherchez pas de surnom, j’en ai déjà un, c’est Mayonnaise ».  De ce jour, je n’ai plus jamais entendu ce mot dans l’école.

Certaines personnes disent que ce nom vient de Mayenne, d’autres de Mayence.


Une de mes nièces se trouvait en vacances à Ibiza, quelqu’un lui a dit qu’il y avait des Mayenez (prononcer Magénèse) dans l’île …  Viendrions-nous d’Espagne ?  Allez savoir !


Dernièrement, le journal « Vers l’Avenir » a publié un petit article disant que les Mainé, Mayné, Mayenez provenaient du Brabant wallon (Est-ce vrai ?) et que nous n’étions plus que dix neuf personnes à porter ce nom.
De toute façon, c’est mon nom de famille, j’en suis fière et je le garde.

 

 

Marie-Thérèse Mayenez/octobre 2009.


 

LE TROU

 

Je suis à l’école gardienne de Sombreffe chez Mademoiselle Anna. La récréation du matin terminée, nous rentrons en classe.  La classe est grande, il y a un gros poêle au milieu avec une longue buse qui monte jusqu’à plafond.
Les garçons se trouvent à la gauche du poêle du côté des fenêtres qui donnent sur le jardin.  Les filles sont de l’autre côté, le long du mur.  Je suis assisse au banc du milieu de la classe avec mon amie Marie-Madeleine. Assise au banc derrière moi, se trouve Rosa Janssens, c’est son grand père qui la conduit à l’école sur son vélo car elle habite Pont-au-Rieu.


Mademoiselle Anna nous explique quelque chose et Rosa me tape dans le dos pour me demander un renseignement.  Je me retourne et le lui explique.  J’entends Mademoiselle Anna faire : « chut ».  Un peu après, de nouveau Rosa me parle et je lui réponds.


Aussitôt Mademoiselle Anna m’interpelle en disant : « Marie-Thérèse, tu es trop bavarde, viens dans le trou. ».  Il faut dire que ce fameux trou est dans le grand pupitre de la maîtresse, bien au milieu de ce pupitre et que l’on a juste la place pour s’asseoir ou se mettre à genoux avec la tête un peu pliée.
Je m’avance vers le trou, toute fâchée (à cause de Rosa) et toute humiliée. 

 

D’habitude ce trou sert pour les méchants garçons, et moi…, une fille…, dans le trou, quelle honte !!!Et de plus, je vois les garçons sourire.  J’aurais aimé être invisible.
Le temps me semble bien long mais au bout d’un moment, la cloche sonne la fin de la matinée, c’est jeudi et congé l’après-midi.  Les deux grandes filles qui me reconduisent à la maison, viennent me chercher, ce sont Marie-Ange et Blanche Tassin.


Mademoiselle Anna, après avoir fait sortir tous les enfants de la classe, leur dit : « Marie-Thérèse ne retourne pas, elle reste ici. »  C’en était trop, je me mets à pleurer en pensant : « Je vais retourner toute seule, je vais me perdre en chemin et que va dire maman en ne me voyant pas rentrer ? ».


Heureusement quelques minutes plus tard, Mademoiselle Anna me fait promettre de ne plus recommencer et appelle Marie-Ange et Blanche qui m’attendaient dans le corridor.


Ouf !  Quel soulagement.  Inutile de dire que dès lors quand Rosa m’appelle, je ne lui réponds plus, ne désirant pas retourner dans le trou.


Marie-Thérèse Mayenez/Décembre 2009. 

 
 
JOURNÉE DE RÉJOUISSANCE


(Charleroi) communion solennelle, le 12 mai 1940.

Je suis en retraite dans un local paroissial : jeudi, vendredi, samedi.
Jeudi, tout se passe bien.  Vendredi 10 mai, déclaration de guerre, papa est rappelé, il part à la guerre.  Tout est bouleversé.  Je reste à la maison.
Samedi, répétition de la cérémonie à l’église.  Maman est triste mais fait bon visage.
Dimanche est le jour de la communion, nous allons à la messe, moi dans ma belle robe blanche.  Pendant la messe, il y a des avions allemands qui survolent Charleroi et mitraillent.  Fin de messe, nous ne pouvons pas sortir de l’église.  On fait une procession dans l’église en attendant la fin de l’alerte.  L’après-midi, on voit passer des charriots remplis de personnes qui partent pour la France.
Nous devions faire un bon repas mais vu les circonstances, nous n’avons mangé que du pain et bu du café.

 

Marie-Thérèse Mayenez/octobre 2009

 

LA BILLE

 

 

1961. J’étais en classe en deuxième primaire chez Mademoiselle Louise,  c’était la dernière année que Mademoiselle enseignait à l’école des filles. L’hiver était là.  Toute la classe était autour du poêle à charbon. Je me rappelle, j’avais un tablier orange avec deux poches écossais jaune et vert plaquées sur le devant.  Dans une des poches, j’avais deux billes.


Les élèves de première, deuxième et troisième primaires étaient rassemblées.  Chaque élève venait montrer son ouvrage, sans doute une tapisserie,  chacune à leur tour à Mademoiselle.


J’aimais déjà rire et pour me faire remarquer, face aux plus grandes, je mettais une bille dans ma bouche, puis je la retirais et ceci à plusieurs reprises, bien sûr sans que Mademoiselle Louise ne me voit.  Puis, tout à coup, j’ai avalé la bille. Mademoiselle m’a secouée afin que la bille sorte de mon gosier. Je ne me souviens pas si j’ai reçu une punition à l’école ou à la maison en rentrant.

 

Nicole Spourquet/Octobre 2009.

 
LE BENGALI

1965. Chaque année à la Pentecôte, c’était la fête au quartier de la gare à Sombreffe.  Quelques forains venaient s’installer sur la place.  Il y avait un carrousel, des balançoires, un stand de tir, une pêche aux canards, un stand de poissons rouges et d’oiseaux exotiques. J’étais trop grande pour aller au carrousel.  Il n’y avait que le stand d’oiseaux qui m’intéressait.  J’avais dépensé mes économies en tirant des cartes et j’avais obtenu des points qui me permettaient de gagner un bengali. De retour chez moi, je mis donc le bengali dans une cage que j’avais placée sur l’appui de fenêtre de la cuisine.
Les jours passent, c’était l’été et mon grand père décide d’accrocher la cage à un crampon dans la cour de la maison.

En rentrant de l’école, mon bengali tout fin n’était plus dans sa cage, il s’était envolé entre deux barreaux. Voyant qu’il n’y avait plus d’oiseau dans la cage, je me mets à pleurer. Mon grand père me dit : Un oiseau, ça se remplace. Je lui répondis : Ce n’est pas pour le bengali que je pleure, c’est pour les cinquante francs que j’ai dépensés à la fête.

 

Nicole Spourquet/Novembre 2009.

 

J’AI TROIS ANS

 

Pour mon anniversaire, ma marraine me conduit chez le photographe installé à la Grand’Rue à Charleroi.  Il y a assez bien de circulation automobile et hippomobile.  La chaussée sent les relents d’essence et de crottin de cheval.
Jusque là tout va bien, le photographe déjà âgé et moustachu me fait des compliments sur ma jolie robe en soie naturelle de couleur rubis.  L’artiste me fait asseoir sur un petit banc doré.  Il sort son trépied sur lequel est fixé l’appareil à plaques.
Je suis curieuse mais tranquille jusqu’à ce qu’il se cache sous un drap noir pour me photographier,  je suis prise de panique et me mets à hurler.  Il  faut beaucoup de patience à ma marraine pour me consoler et finalement faire cette fameuse photo sur laquelle on me voit avec les yeux plein de larmes. Il y a de cela septante cinq ans.  Je n’ai jamais oublié cet épisode de ma petite enfance.

 

Yvette Gosselin

 

LA RENCONTRE

 

En 1945, j’avais quatorze ans et avec ma cruche en terre cuite, j’allais chercher du lait qui était encore rationné. En tournant au coin de la rue, je rencontre une dame que je connais bien et son fils, qui avait été le premier ouvrier de mon père.
Ce garçon qui s’appelait Henri, ne m’a pas reconnue.  Il revenait d’Allemagne après cinq ans de stalag.  Sa maman lui dit : « Tu ne reconnais pas Yvette ? ».  Henri, tout heureux, m’a serrée dans ses bras en se rendant compte du temps qui était passé car j’avais beaucoup grandi.
Je n’ai jamais oublié cet instant de retrouvailles.  J’étais la première personne, après sa mère qu’il retrouvait en rentrant chez lui.

Yvette Gosselin/Décembre 2009

 

MADAME GALLER

 

 

Deux fois par an, Madame Galler rendait visite à ma grand-mère. Elle arrivait de Bruxelles par le train. Pour mes frères et moi, c’était tout un événement d’aller à pied la chercher à la gare.

Ma grand-mère, par contre, n’était pas du tout enchantée de la recevoir car cette femme n’arrêtait pas de parler depuis le moment où elle débarquait jusqu’à son départ.

 

-Ce n’est pas possible, se lamentait Mémé, elle a sûrement été vaccinée avec une aiguille de phonographe! 

Proche de la septantaine, Madame Galler était très coquette, elle mettait du rouge à lèvres très vif, de la même couleur que son vernis à ongles et portait toujours un tailleur gris très élégant, à la Coco Chanel, un chapeau blanc orné d’un ruban noir, assorti à des escarpins blancs et noirs. Le grand chic pour une petite ville provinciale comme Jodoigne !

 

Arrivée à la maison, elle sortait de son sac en cuir, un sachet de hoopjes, bonbons hollandais au café, infects pour nos palais d’enfants.

Ensuite, elle accaparaît ma grand-mère sans relâche et quand, parfois, je me risquais à lui adresser la parole, aussitôt impitoyable, elle me disait : - Tu entends bien que je  parle à Germaine que je ne vois qu’en de rares occassions, tu auras tout le loisir de l’entretenir après mon départ. Une bonne raison pour la détester.

En cachette, j’écoutais les conversations qui tournaient le plus souvent autour de Françoise, sa nièce, et de son fils, Benoît.


Ce dernier, âgé de 18 mois, ne prétendait manger que des aliments prémâchés.
Françoise avait donc consulté un pédiatre qui lui avait conseillé de présenter au gamin une assiette d’aliments solides, que, bien entendu, il avait immédiatement recrachés.

Mais l’astuce résultait dans le fait qu’il ne fallait pas insister et la lui représenter au repas suivant.

Ce petit jeu dura deux jours après lesquels Benoît, affamé, consentit enfin à avaler ce qu’on lui présentait. L’épreuve fut un supplice pour la mère et pour l’enfant.


-Mais, je vous assure, Germaine, qu’à l’heure où je vous parle, il mange de tout sans plus jamais réchigner.

Bourreau d’enfant, pensais-je, horrifiée.

 

Autre sujet favori de ses conversations étaient les faits et gestes de son pensionnaire Yvon, âgé d’une quarantaine d’années et qui était son amant, ce que j’appris évidemment des années plus tard.

 

Veuve assez jeune, Madame Galler s’était expatriée en Uruguay comme gouvernante chez des ambassadeurs. Elle essayait de nous inculquer quelques bonnes manières, surtout à table.

Encore une raison pour l’avoir en horreur.

 

Enfin!!! Quand elle annonçait son départ, un grand soulagement s’emparait de nous tous, à commencer par ma grand-mère qui n’en pouvait plus et montrait des signes de fatigue évidents.

 

-C’est épouvantable! se plaignait-elle, exangue.


-Je n’en peux plus, j’ai une migraine d’enfer! 


-Je vais immédiatement m’aliter. Ne me dérangez sous aucun prétexte.

 

Anne Baugniet/ Novembre 2009

 

 
JACQUELINE, LA COIFFEUSE

 

Jacqueline tenait un salon de coiffure dans la rue perpendiculaire à la nôtre. Son jardin jouxtait une partie de la propriété familiale.

Assez corpulente, Jacqueline portait invariablement une robe cache poussière bleu ciel parée d’énormes boutons assortis. Ses manches courtes laissaient apparaître deux gros bras laiteux qui actionnaient des bigoudis toute la journée.

Elle adorait les chats et avait deux énormes jumeaux noirs aux yeux jaunes, répondant respectivement au nom de PIT PIT et POMPON. L’un d’eux était parfaitement dérangé.
-Il n’est pas tout à fait juste, admettait-elle à regret. Le nom de Pompon dont on l’avait affublé n’arrangeait en rien son état.

Un jour, en début de soirée, elle sonna avec une manne de linge sous le bras ; ma grand-mère lui ouvrit la porte.

-Bonjour Madame Baugniet, je suis venue vous rapporter votre linge !
-Mon linge, dit ma grand-mère, comment cela ?
-Et bien ! Celui que Pompon m’a amené.

-Pompon ? Mon linge ! Que dites-vous là Jacqueline? Je n’y comprends rien !
-Si je ne me trompe Madame Baugniet, vous étendez bien votre linge à blanchir sur la pelouse ? Figurez-vous que Pompon a eu la lumineuse idée de me l’amener par-dessus le mur. Vu les obstacles à escalader, il a dû se donner un mal fou, croyez-moi, pour traîner toute cette lingerie dans sa gueule afin de m’en faire cadeau sur la terrasse.

 

Et le comble, c’est que j’ai dû tout relaver car il était évidemment dégoûtant. Je suis désolée mais je ne l’ai pas repassé car vous savez combien je suis débordée!

 

 

Quant à Pompon, je lui ai fait la leçon en lui expliquant que du petit linge ne m’intéressait pas vraiment mais que la prochaine fois, je préfèrerais plutôt qu’il me rapporte des billets de banque !

Mémé, un instant interloquée, lui répondit: -Dites à Pompon, Jacqueline, que ce n’est pas encore demain que je mettrai sècher des billets de banque sur la pelouse! 

 

Anne Baugniet/Décembre 2009

 

DONAT
 

 

Durant ma petite enfance, je dormais le plus souvent avec ma grand-mère dans son grand lit.
Plusieurs couvertures jaunes et blanches étaient empilées sur un énorme matelas de laine qui, au fil des ans, s’était transformé en montagnes russes.
Les draps en lin rugueux grattaient la peau fine de mes petites jambes, mais qu’importe, quel confort chaleureux!

 

Par grand froid, ma grand-mère y déposait des bouillotes bien chaudes et puis je mettais aussi le cache-cœur qu’elle m’avait tricoté. Celui-ci ressemblait étrangement à une serpilière et faisait deux fois le tour de mon corps maigrelet, cependant je l’adorais à cause des deux rubans assortis en satin bleu clair que je lissais avec délice pour m’endormir.

Avant d’éteindre la lampe de chevet, Mémé ouvrait une boîte en fer et je pouvais choisir un bonbon. Mon préféré était une boule rouge striée de lignes blanches. J’étais au paradis.

A six heures tapantes, un dimanche par trimestre, rententissaient plusieurs coups de sonnette.


Ma grand-mère sursautait dans le lit, marmonant: - Je parie que c’est encore Donat ! Il n’y a que lui pour sonner à une heure pareille un dimanche.

 

Saisissant son peignoir en satin bleu de Chine, elle courait dans la loggia et penchée à la fenêtre, criait: - J’arrive, j’arrive, Donat ! Elle dévalait alors l’escalier à toute allure pour ouvrir la porte à un petit homme d’une soixantaine d’années, la tête recouverte d’une calotte noire, vêtu d’une veste brune en velours côtelé sur une chemise blanche avec un petit col montant, un vrai petit santon.

 

Il saluait respectueusement ma grand-mère et la suivait dans le corridor jusqu’au bureau de mon arrière-grand-père, fondateur à Jodoigne du Crédit Social et Ouvrier.

Dans l’armoire à glissière, Mémé cherchait son livret d’épargne, puis trempait une plume blanche dans un encrier en cuivre doré, incrusté d’étranges arabesques.


Elle y inscrivait la somme que Donat lui apportait religieusement, les quelques sous durement économisés de ces derniers mois.

L’opération terminée, il prenait congé, et tout fier, repartait, à pied, dans son village, distant de six ou sept kilomètres.

Ma grand-mère se recouchait en disant: -C’était bien le pauvre Donat, rendors-toi ! 

 

Anne Baugniet/Décembre 2009

 

 

 

UNE ENFANCE

 

Les gens qui parlent derrière la haie, cette langue étrange, musicale, que je ne comprends pas : spassiba… da. La douceur d’un soir d'été, le bruit des verres qui s'entrechoquent. Cette atmosphère étrangère : ce sont les vacances rêvées. Tous les ans ces mêmes personnes reviennent ... de Bruxelles. Pour moi, petite campagnarde, je les voyais comme des gens extraordinaires. Ce sont eux qui m’ont fait découvrir la lecture. J’attendais les vacances pour recevoir des caisses de Spirou, Tintin que je classais par numéros. Je ne connaissais la lecture que par eux. Ah non aussi par les feuilles récupérées dans les journaux et qui servaient de papier de toilette. Nous découpions les journaux pour en faire des liasses que l’on pendait au mur du wc ... Pour les lire, je rassemblais ce puzzle aux toilettes. Faut dire que papa n’aimait pas me voir lire "Quand les mains ne travaillent pas on pense au mal " disait-il.

 

En plus des vacanciers il y avait trois personnes qui vivaient en permanence dans cette maison communautaire. Je ne sais plus qui plantait sans cesse des arbres fruitiers... Pas un mètre carré n’y échappait. Avec mon frère nous guettions la maturité des pêches qui formaient la clôture du jardin et la saison venue, c'était une partie de gendarmes et voleurs qui s'engageait. On parvenait toujours à déjouer la surveillance. Le goût de ces pêches là je ne l’ai toujours pas retrouvé. On ne considérait pas cela comme un vol mais comme un jeu .....et puis qu'auraient-ils fait de tant de fruits ? Faut dire aussi que les enfants pauvres ne connaissaient pas d'autres fruits que ceux de leur jardin.

 

L’école communale des filles : attention de ne pas regarder par delà le mur des garçons, mademoiselle Blanche y veillait. L'arrivée du premier bus qui a remplacé le tram.


Les cours de tricot et raccommodage. Je devais repriser une chaussette ; Maman m’avait donné le plus vieux chausson de papa pour que je n’abîme pas un qui servait encore .... un trou de huit centimètres au moins ... Cela a juste servi a me dégoûter à vie. Quand au tricot il m a fallu des années pour que je m’y remette mais je me suis bien rattrapée.

De cette époque, je garde surtout des souvenirs tristes.


Bobonne qui ne m'aimait pas et me le faisait sentir : un bonbon pour mon petit frère et moi ... je regardais ! Pas grave, je me vengeais : à l'entrée de la cave il y avait un grand pot en grès qui contenait des prunes au vinaigre. Chaque fois que j'allais à la cave et dieu sait si j étais punie souvent, j'en piquais quelques unes. Ah mais j'y remettais les noyaux car je croyais que ça ne se verrait pas et bon ça m’a valu une fessée supplémentaire.

 

Lorsque papa est tombé malade, ce fut une période d’extrême pauvreté. Pour les fêtes, maman n'avait rien à me donner. Mon petit frère a reçu une voiture rouge. Cette année-là, les gens du village nous ont apporté des colis de jouets, bonbons, fruits ; ce qui nous a permis d'envoyer des colis a papa qui était en cure à la mer. J'allais manger le midi chez mon institutrice et un notable du village. J'avais droit à un bon diner ... et aux leçons de maintien... et surtout on me disait que j'avais de la chance.

 

Le soir je soupais chez Robert et Irma ; lorsque Robert me raccompagnait à la maison les soirs d'hiver, il m'expliquait les étoiles et je ressentais avec lui ce sentiment d être importante pour quelqu’un. Maman avait récupéré un vieux siège de voiture qui nous servait de divan et assis devant le poêle nous écoutions la radio, puis nous étendions par terre un matelas et en guise de couvertures les vieilles capotes militaires de papa. Et devant le feu mourant, nous nous endormions tous les trois. Ce fut un hiver très rude mais plein de tendresse. Au retour de papa les disputes entre mes parents furent de plus en plus fréquentes. C’est lors d’une scène particulièrement violente que j'ai appris qu' il n'était pas mon père ; j'ai gardé cela en moi des années. Ca me faisait bien rire les réflexions du genre ... - elle a les yeux de son père.

 

HORREUR des repas où, pour des broutilles, les plats valsaient au mur .... j'ai faim... et la mayonnaise qui dégouline des murs, les légumes au sol. Maman qui veut se pendre (au portemanteau, alors quelle pèse 120 kg) ; mais moi petite fille j'y crois ! Les coups entre eux et puis sur nous quand ils se réconciliaient, les valises faites et défaites tous les soirs... Un soir de chandeleur on avait fait des crêpes ; lors de la bagarre maman a flanqué les crêpes dehors, comme il avait neigé les crêpes nous narguaient sur le talus d'en face.
 
Deux petites filles sont nées entretemps. Oh cela allait ressouder leur ménage, disaient-ils. Moi je ne comprenais pas que chaque fois que j'allais dormir chez ma cousine au retour il y avait un nouveau bébé. Maman avait des crises de colère vis avis de moi qui se terminaient toujours par des coups : le manche de brosse, le tisonnier, les séances à genoux sur le paillasson de coco, les fers à repasser à bout de bras. Bien plus tard lorsque nous avons appris qu'elle était diabétique depuis longtemps j'ai supposé que ses colères venaient du fait qu'elle n’était pas soignée. Lorsque pour me punir elle me flanquait dehors sous la pluie et le froid en me menaçant si j'allais chez les voisins de me mettre en maison de correction j’y croyais. « Poil de Carotte » ça n'existe pas que dans les romans ! Je l’ai aimée et haïe en même temps. Il m’a fallu bien du chemin : J’étais l’enfant non désirée qui lui rappelait son passé : L ENFANT DE LA TONDUE ...   

Grany /décembre 2009

 

 

VALÈRE

 

 

Le plus jeune frère de papa s’appelait Valère. Il habitait  Bruxelles : pour  nous Bruxelles c’était déjà la magie. Il n’avait même pas réussi ses classes primaires mais savait réparer un moteur et créer plein d’objets. Il nous avait offert une maison de poupées faite avec des boîtes à conserve récupérées. Une petite merveille peinte  avec des portes et des fenêtres qui s’ouvraient.


Comme nous habitions la maison de ses parents, il aimait revenir chez nous régulièrement. Avec ses premières paies, il s’était acheté une auto. Je ne sais plus la marque mais elle était noire avec un galon jaune. Il y avait deux voitures au village : celle du notaire et du garagiste ; avec le recul je me demande pourquoi on  avait besoin d’un garage. Donc un soir d’été, voilà mon oncle qui débarque avec sa belle voiture. Ma première balade en voiture : deux petits enfants en pyjama qui saluaient avec fierté les villageois.

 

Quelques semaines plus tard, le voilà de retour avec une moto... Ça roulait mieux en ville, disait-il. La fois d’après, il revient en vélo, puis en stop.  En fait le transport fluctuait au même rythme que ses finances.
                                  
Pour ma communion il m'a offert un très belle appareil photo Agfa : le plus beau cadeau que j’ai reçu. Il agaçait maman car à chaque fois il donnait son linge à laver et s’achetait de la viande qu’il mangeait sans scrupule devant nous. Un jour que maman était en colère  contre lui  j’ai voulu l’excuser ; c’est alors qu’elle m’a avoué que l’appareil photo c’est elle qui l’avait payé. Mon oncle l’avait acheté à crédit, payé l’acompte, donné l’adresse de mon père, et c’est ainsi qu’un jour un huissier s’est présenté  pour réclamer le solde.

 

Nous sommes resté sans nouvelles de lui assez longtemps jusqu'à ce qu’une assistante sociale de la Salpêtrière à Paris nous demande d’aller le voir car il allait être opéré à cœur ouvert et réclamait sa famille. Mon frère qui avait une voiture a conduit sur l’heure nos parents qui s’attendaient à le trouver moribond : en réalité il avait déjà été opéré et trônait sur son lit, faisant du charme aux infirmières.

 

Nous pensions ne plus le revoir car ses dettes l’obligeaient à éviter Belgique.

 

Ma maison était située face à celle des parents. Un jour, appuyé à la façade, je vois un vélo, une valise sur le porte-bagage, des poêles et casseroles qui pendent sur les côtés. Tout de suite je me dis : il n’a quand même pas osé revenir en vélo… et bien oui.


Lors  d’une grève des transports à Bruxelles, il avait fabriqué un triporteur avec lequel il transportait les gens installés sur un banc : ça le faisait vivre.

 

Au village le bruit courrait qu’il était mort. Mon père s’est souvenu que c’était son frère et est allé aux nouvelles, en ville. Après beaucoup de démarches, il arrive devant une chambre où on lui apprend que Valère s’est pendu il y a déjà quelque temps.

 

Comme il n'y a plus rien faire papa décide de rentrer.  Au coin de la rue, il heurte un bonhomme et s’enfuit car il a vu un fantôme : c’est Valère bien vivant qui pour l’aider à surmonter ses frayeurs l’invite au restaurant … Poulet croquettes compote.  Comme papa s’étonne de la modestie du prix, mon oncle lui apprend qu’ils mangent à l’Armée du Salut.


Des années plus tard papa racontait encore qu’en sortant  ….Il avait rwété  tout costé si n'y avait nin des djens de Mlery qui l’avaient  vu.

 

Grany/mars 2010