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Série de textes sur le thème du :

PASSAGE DANS LE TEMPS

 

LE CHANGEMENT

 

2009-2010

 

LE PARQUET

 

Quand je garde l’enfant chez ma fille, j’apprécie le confort, la chaleur du parquet de son living. C’est une nouvelle bâtisse.
Ma maison est vieille. C’est la maison de mes grands-parents paternels qui a été transformée il y a trente ans passés.
Avant les travaux, il y avait du parquet dans la belle pièce, comme on disait, et dans le bureau de mon grand-père, mais comme les murs ont été abattus et reconstruits ailleurs, le plancher abîmé a été remplacé par du carrelage. Partout le même. Facile à entretenir.


Mais la terre bouge un peu, tremble parfois. Une fissure s’est dessinée sur le sol du living et de la salle à manger et s’est même prolongée sur la façade des voisins d’en face. Des éclats sont partis, rappelant la chute d’un couteau ou d’un outil ou peut-être simplement l’usure… Et puis eut lieu la rencontre avec le compagnon de ma nièce.

Au fil de la conversation, je demande : -Tiens, si je voulais placer du parquet, je dois enlever les anciens carrelages ? Ma nièce me répond : Marraine, tu as devant toi un spécialiste. 

 

 

 

La semaine suivante, invité pour un petit repas convivial, il prenait les mesures du living. Mais… allais-je laisser une petite dénivellation de quatorze millimètres entre ma cuisine et le living ? Si les enfants venaient à trébucher ?

 

 

 

Si Maman faisait une mauvaise chute ? Le même problème, les mêmes risques se posaient vis-à-vis du corridor… et de la salle à manger… et de l’arrière-cuisine. Où s’arrêter ? Où déplacer le risque d’inconfort et d’accident ? Je ne veux pas d’accident chez moi !

 

Le spécialiste m’apprend que le fournisseur « déstocke » comme ils disent dans le métier : la quantité de lames de parquet restantes correspond précisément à la surface de mon rez-de-chaussée. C’est une chance… ou une réponse à ma question. Donc, c’est décidé : tout sera recouvert.

 

J’adore la chaleur du bois, le contact du bois, je pourrai marcher pieds nus sans avoir froid, pratiquer le yoga sur mon beau parquet, les enfants pourront y jouer en dehors du tapis de jeu…

 

Par chance, les travaux peuvent commencer immédiatement. Mais la maison est habitée, décorée. Par  quoi commencer ?

 

Acheter des patins pour les pieds des chaises, des fauteuils, des meubles. Regrouper tous les meubles dans une seule pièce et puis, quand tout sera terminé, vider cette pièce pour la recouvrir, elle aussi, de parquet. Je fais appel aux muscles de mon fils et de mon beau-fils : ils viendront déplacer les meubles dimanche matin. J’entreprends donc de vider ceux-ci.

 

A cette fin, je récolte tous les cartons d’emballage qui peuvent convenir pour les remplir de la vaisselle, des CD, des objets de décoration, de tout ce qu’on peut amasser. C’est aussi l’occasion d’un beau tri !

 

Et si j’en profitais pour changer aussi la disposition de mes meubles ? La bibliothèque rejoindra mon bureau à l’étage. Tous mes livres sont empilés dans des petites caisses car c’est très lourd à porter.

Les tentures sont dépendues et placées à l’abri de la poussière. Elles prendront l’air sur le grand fil dans le verger un jour ensoleillé avant de regarnir les fenêtres.Le divan, le parc du bébé, la table en chêne font bric- à- brac dans le garage à la joie des chats qui, interdits de séjour pour l’instant, dorment l’un sur le dos d’un fauteuil renversé, l’autre dans la poussette.

 

Le chantier a commencé. Je dois éviter toute tache d’eau, je n’ai pas accès à la cuisinière, ma cuisine est en vacances.

Alors, j’en profite et accepte toutes les invitations à dîner…

 

Aube Belmart / février 2010

 

 

 

PRENDRE LE TEMPS


Prendre le temps entre les mains
Le tenir pour qu'il ne s'échappe pas
Pour qu'il ne glisse pas d'entre mes doigts
Le retenir pour qu'il accepte de reste un instant
Le voler, voler le temps, voler les moments, comme on vole un baiser d'amoureux
Prendre le temps
L'inviter à ma table
Lui servir à boire, l'enivrer pour qu'il en oublie sa course
Pour qu'il ne veuille plus partir
Pour lui donner envie de prendre son temps de temps en temps
Prendre le temps
Et la nuit venue
Le déposer doucement, sans geste brusque
Qu'il ne puisse m'en vouloir de l'avoir retenu si longtemps

Et lui proposer de revenir se perdre près d'ici
Prendre le temps parce que je n'en ai plus à perdre
Parce que je dois rattraper celui que j'ai perdu
Prendre le temps,
Faire une pause, un arrêt, un cédez le passage et attendre.
Attendre que le temps passe en le gardant serré contre mon cœur.
Et l'espace d'un moment, le remercier d'être venu se perdre ici....
Puis lui dire que l'heure tourne, que le temps m'est compté
Et que je n'ai pas que ça à faire et lui faire croire qu'à présent il faut se dépêcher
Alors le toiser, le presser, lui dire que je n'ai pas de temps à perdre moi !
Et le regarder s'égrainer doucement
Apprécier sa victoire d'avoir osé prendre le
temps...

 

Masa / Décembre 2009

 

 
MON ARMOIRE A CHAUSSURES

 

Elles sont toutes là ces paires de chaussures neuves que je ne mets pas car elles me donnent mal aux pieds. Voici les sandales bleues achetées l’année dernière, j’entends encore la vendeuse me dire :  Elles vont se mettre à votre pied…   C’est peine perdue, j’ai mal.

 

Voici les noires dites « habillées » avec un petit talon.  Je les porte juste une heure ou deux.  Je suis satisfaite de les ôter, vivement mes mules toutes râpées et sans forme. Voici mes bottes en cuir que j’ai portées seulement pour deux occasions.

 

Dans cette armoire si mal rangée, traînent des chaussures que je n’ai jamais mises aux pieds mais je les aime et elles restent dans l’armoire.  J’ai l’espoir de les porter un jour …


J’ai mal aux pieds même dans des pantoufles, des mules.  Je suis toujours chaussée de la même façon car si je suis bien dans une paire, c’est celle-là que je mettrai du matin au soir. Tant pis pour l’élégance, je me suis fait une raison.

 

Cette armoire contient une petite fortune, si je compte tout l’argent que j’ai dépensé pour ces souliers, ces mules, ces bottes, ces sandales et ces pantoufles.

 

Cachées derrière deux paires de mules dites de confort, voici mes mules de plage et de piscine rouges en plastique achetées pour seulement quatre euros dans lesquelles celles-là je suis vraiment bien et avec lesquelles j’ai passé toutes mes vacances d’été. J’envie parfois les femmes qui mettent n’importe quoi aux pieds …


Nicole Spourquet / février 2010.

 

LA RENCONTRE

 

En 1945, j’avais quatorze ans et avec ma cruche en terre cuite, j’allais chercher du lait qui était encore rationné. En tournant au coin de la rue, je rencontre une dame que je connais bien et son fils, qui avait été le premier ouvrier de mon père.
Ce garçon qui s’appelait Henri, ne m’a pas reconnue.  Il revenait d’Allemagne après cinq ans de stalag.  Sa maman lui dit : « Tu ne reconnais pas Yvette ? ».  Henri, tout heureux, m’a serrée dans ses bras en se rendant compte du temps qui était passé car j’avais beaucoup grandi.
Je n’ai jamais oublié cet instant de retrouvailles.  J’étais la première personne, après sa mère qu’il retrouvait en rentrant chez lui.

 

Yvette Gosselin/ Décembre 2009

 

BEETHOVEN

Donnant cours de musique en cinquième moderne, j’avais préparé mon cours sur Beethoven et la Sixième Symphonie.  Sur le temps de midi, une prof vient me dire : « Tu vas avoir la visite de l’inspecteur diocésain à la dernière heure.  Il est au collège, au dîner des anciens ».
A la dernière heure, entre dans la classe Monsieur l’Inspecteur.  Il me dit : Qu’avez-vous préparé aujourd’hui ? ».  Je lui explique ce qui est décidé.  Il me répond : « C’est très bien, donnez votre cours, je vais m’asseoir au dernier banc, ne vous occupez pas de moi ».


C’est facile à dire !  J’explique aux élèves la vie de Beethoven puis ce qu’elles allaient entendre dans l’œuvre : les chants des oiseaux… les différents instruments …
Par moments, je regarde du côté de l’inspecteur, il est tout ouïe.  Je prépare le disque et le place sur le tourne-disque, la musique emplit la classe de sons harmonieux mais je n’entends rien de ce que j’avais expliqué aux élèves.

 

Au bout d’un moment, une élève lève la main et je devine ce qu’elle me dit en remuant les lèvres : il dort. Je regarde et en effet, Monsieur l’Abbé s’est endormi, bercé par la « Pastorale ».

La première face du disque terminée, je la retourne et m’aperçois que j’ai commencé l’audition par la deuxième face du disque.  J’ai une boule dans la gorge et je regarde du côté de l’inspecteur, il dort toujours.
Fin du disque, la sonnerie de fin de journée retentit, Monsieur l’Inspecteur se lève, vient près de moi et me remercie pour le cours que je viens de lui donner.
Je respire un bon coup, tout s’est bien passé.


Marie-Thérèse Mayenez / janvier 2010.

 
NUIT DE NOEL

 

 

 

Longtemps après la messe de minuit et le petit drink qui suit, des amis de la chorale se proposent de me ramener chez moi.  Déposée sur le trottoir, je monte la légère pente en gravier afin d’arriver à la porte d’entrée.


Malheureusement je ne peux pas entrer, je n’ai pas de clé.  Je n’y ai pas pensé.  Carl, mon mari, a la clé et il est allé reconduire sa maman chez elle.
La nuit est claire, les lumières des poteaux électriques ainsi que la décoration extérieure de Noël illuminent l’entrée de la maison.  Quelle stupidité, être devant sa porte et ne pas pouvoir entrer.
Lorsque j’entends des bruits de moteur, je me calfeutre afin que personne ne puisse me voir.  J’espère que Carl ne va pas traîner.  Que le temps semble long quand on attend sans rien faire.
Il commence à faire froid mais je ne sens pas le froid tellement je suis concentrée à me demander : - Quand va-t-il arriver ?  J’ai peur, en route, un accident est si vite arrivé.
J’entends une portière claquer mais ce bruit vient d’une rue perpendiculaire à la mienne.
Enfin, je reconnais le bruit de moteur de notre auto, il est là et je peux enfin rentrer chez moi.


Nicole Spourquet /Novembre 2009.

 

 

 

BRUITS !

 

Je suis à l'intérieur de la pièce.
Une pièce rectangulaire, au plafond haut étoilé et aux murs épais.


Une pièce vide; seule une porte et une petite fenêtre.
Tout est sombre.


De loin, je vois une lueur. Elle vient du pavement.
Je m'approche.
La lumière m'attire.


Elle est vert émeraude, vert vif, transparent, purifiant et reposant.
Je m'y reflète.
Je veux voir à travers.
Voir ce qui se cache.
Soudain, un mouvement … des bruits sourds… des murmures…
Je suis en transe…
J'écoute…
Ce sont mes souvenirs du passé qui font ces bruits?
Est-ce mon imagination qui veut entendre ces bruits et oublier ma peur ?
Ma peur du silence ?


Je reste figée.

 

 

Mais … je veux saisir l'essence de ces bruits
C'est mon passé?
C'est mon présent?
C'est simplement mon imaginaire qui me joue des tours?
C'est simplement mon cœur qui bat?
Oui, c'est simplement mon cœur qui me parle…

 

 

Ank

 
LA ROBE
 

Charleroi. Je traverse les Galeries Bernard au pas de charge. Virage à gauche vers la rue de Montignies. Arrêt brutal : devant moi, une petite vitrine avec une grande banderole : « Liquidation totale. Tissus haute couture ». .Je reste figée devant deux tissus présentés en chute : un fuchsia et un turquoise.

 

J’entre immédiatement dans la boutique. La patronne me fait l’éloge de ces superbes organsa, mais il faut obligatoirement acheter tout le coupon. Je craque pour le fuchsia. Quelques minutes plus tard, je tourne mécaniquement une petite cuillère dans une tasse de café. Je me mords les doigts. Et maintenant ? C’est malin ! Si au moins je pouvais coudre ! A quoi va me servir ce tissu ? Pour le jardin ? Pour aller en course ? Pour cuisiner ? Un tissu fin ! En plein hiver ! Voilà encore un exemple d’achat compulsif. Il va rejoindre immédiatement la collection des tissus empilés dans un grand carton. C’est sûr et certain, dès que possible, je m’inscris à un cours de couture. Quand j’aurai du temps libre…

 

-  Maman, j’ai une grande nouvelle ! Bianca et moi, nous nous marions fin juillet ! 
Emoi, larme à l’œil, bisou, biscuits, crémant…
Bien vite, le choc émotionnel passé, le mental reprend le dessus et c’est là que les cours de logique viennent en aide.
Bernard est mon fils. Bernard se marie. Donc je suis la mère du marié. Et donc pom pom popom… les notes de la marche nuptiale. Et donc… il me faut une robe et pas n’importe laquelle. Et là, dans un flash de lumière, le tissu fuchsia refait son apparition.


Je feuillette revues et cahiers et tombe en admiration devant un modèle tout simple et très classe à mes yeux : « pour débutante, difficulté une étoile ». Tout ce qu’il me faut. D’abord prendre mes mesures. Je m’esquinte avec le mètre ruban : tour de poitrine, tour de taille, tour de hanches… Ouf !
Je décalque le patron, le découpe. Sur la grande table de la salle à manger, je déploie le tissu soyeux, mais il bouge, il vit. Je dois l’immobiliser avec une statuette et un vase trouvés à ma portée. J’épingle les papiers sur le tissu en tenant compte du droit fil et de la lisière.

 

Et puis, vient le grand moment de la coupe. Les grands ciseaux font chanter les notes graves du bois et les notes aigües du tissu. J’épingle, je faufile, je pique. Tout va bien. Il ne me reste plus qu’à surjeter les bords. Mes mains conduisent allègrement le tissu, mon pied appuie sur la pédale du moteur avec conviction, trop sans doute. Le tissu est tellement fin, tellement soyeux que la machine a happé deux épaisseurs, les a cisaillées et soudées.

 

 

 

Je reste la bouche grande ouverte, la glotte coincée, les yeux écarquillés. J’ai envie de hurler. J’ai envie de pleurer. J’ai froid. J’ai chaud. Mon estomac a noué du feu et de l’acide.


Alors, je démonte le monstre cruel et indifférent. Je range le gâchis dans la boîte en carton.
Et voilà où m’a encore conduit mon ego ! Heureusement les soldes de juillet m’apporteront une solution.
Il ne m’est même pas venu à l’idée de m’adresser à une couturière professionnelle. Toujours ce besoin d’indépendance !

 

Je dors mal. Je me tourne et me retourne. Je rêve de ma grand-mère. Ah ! Elle ! Elle cousait si bien ! Et puis, une idée de génie. Le coupon. Mais oui ! Il me reste du tissu. Je recommence tout à zéro : « Cent fois sur le métier… » Le premier essai me servira de fond de robe. Je corrige, je fignole le modèle : le tissu sera double et dansera quand je bougerai, quand je danserai. Je rêve déjà, j’imagine…Je poursuis avec calme, prudence, lenteur… Un ruban brodé de perles du même ton borde le décolleté et forme les bretelles.

Je suis fière, mais oserai-je la porter ?

Le grand jour arrive, j’ose.

 

Ma filleule me glisse à l’oreille : » Caroline Biss ou je me trompe ? » Je lui adresse un clin d’œil de connivence. Mais, est-elle sincère ou moqueuse ? Quelques jours plus tard, une amie me téléphone : « Tu sais, Jean se marie l’an prochain. Ta robe ? Ballade Namur ou Wavre ?
-Non, Bruxelles, avenue Louise.

 

Aube Belmart

 

 
DEPUIS QUE J'AI PERDU...

 

Depuis que j'ai perdu  ma carte d'identité, je cours après une adresse.
J'ai voulu la ramasser avant qu'elle ne se dilue dans cette flaque d'eau croupie.
Trop tard, les caractères s'étaient dissous : plus de nom, plus d'adresse.
Plus la fille de tel… La mère de ... L’épouse de...
Profession : sans.
J'ai remué l'eau, l’ai goutée.
Goût de larmes, mes larmes.
Un voisin déclare : c'est la vie ! 
Je suis en colère.
Quoi ? Mon fils meurt : c'est la vie ! 
Ma mère meurt : c'est la vie ! 

Je débarque comme une furie à la gare, happe une amie
-Mon mari épouse sa maîtresse : c'est la vie !
Je suis hystérique.
Plus d'emploi: madame, vous avez besoin de vous reposer : c'est la vie !
La maladie : c’est la vie ! 
Je te laisse la maison, les enfants, les factures... C’est la vie ! 
Je me décompose, je n'avais jamais réalisé à quel point nous sommes constitués d'identités multiples.
Je suis ce que je perds.
J'étais ce que j'ai perdu.
Il va falloir décider si je suis handicapée de tout.

 

Patricia Delefortery